Expositions

Kiki Smith : l'ombre du père

Serait-ce le chant du cygne pour les expositions d’art contemporain à la Monnaie de Paris ?
Les informations récentes faisant état du départ de la directrice des expositions, Camille Morineau, quelques semaines après l’annulation d’une rétrospective consacrée à Jean Tinguely et la décision de la direction générale sur l’abandon des expositions d’art contemporain semblent sceller le sort de cette aventure pour l’institution.
L’exposition Kiki Smith serait donc la dernière manifestation de ce parcours. Pour l’artiste il s’agit dans le même temps d’une première exposition personnelle dans une institution française.

Est-ce un privilège ou un fardeau d’être la fille du sculpteur Tony Smith ? On pourrait imaginer plus anonyme comme paternité. On observera que le livret remis aux visiteurs de l’exposition occulte totalement cette filiation. La référence au masculin doit-elle être à ce point éradiquée ? Il me semble que l’information sur ce père célèbre sculpteur n’est pas anodine et qu’elle aurait eu légitimement sa place dans l’investigation documentaire sur l’approche du parcours de sa fille. Autre artiste réputée : la mère de Kiki Smith est la chanteuse d’opéra Jane Lawrence. La sœur de Kiki , Seton, embrasse également la carrière d’artiste comme photographe.
Ce sont peut-être les raisons pour lesquelles Kiki semble avoir interrogé son identité tout au long de son œuvre. Cette recherche donne aussi le sentiment qu’elle pourrait s’être opérée « contre » cette paternité encombrante. Tony Smith a élaboré une œuvre abstraite rigoureuse voire austère qui l’a situé comme un pionnier de l’art minimaliste. Kiki Smith prendra elle le chemin d’une exploration du corps humain. Puis cette quête identitaire passe également par celle de la féminité à partir des années quatre-vingt. Explorer le rôle social, culturel et politique des femmes c’est aussi se situer dans cet espace. L’Histoire même est mise à contribution : héroïnes de contes, sorcières, figures féminines bibliques apparaissent. Kiki Smith souligne, notamment, le sort de ces sorcières, oubliées de l’histoire et qui selon elle, devraient avoir un monument dans chaque ville . Et l’artiste donne à voir ce martyre sur un bûcher.

« Famille Addams »

« Pyre woman Kneeling » 2002

La relation à la mort occupe une place singulière dans cette « Famille Addams » comme la désigne Kiki Smith.
Dans le New Jersey où elle habitait : « Il y avait une pierre tombale avec notre nom devant la maison ». La fascination de son père pour la mort n’aurait-elle aucune influence sur l’oeuvre de sa fille ? « J’avais cette vision que je devais faire une autre arche de Noé, mais elle était pleine d’animaux morts ». Le besoin impérieux de resituer l’être humain dans le cosmos aura également son importance. « L’œuvre de Kiki Smith s’apparente ainsi a une traversée, une quête romantique de l’union des corps avec la totalité des êtres vivants et du cosmos. D’éléments microscopiques aux organes, des organes au corps dans son ensemble, puis du corps aux systèmes cosmiques, l’artiste explore la relation entre les espèces et les échelles, cherchant l’harmonie qui nous unit avec la nature et l’univers. »
L’exposition montre les aspects multiples dans la création de cette artiste prolifique. La tapisserie, notamment, lui a offert l’opportunité de développer un cycle influencé par la Tapisserie de l’Apocalypse et par le Chant du Monde de Jean Lurçat qu’elle découvre en France. Douze tapisserie naitront entre 2012 et 2017. Et comme la Monnaie de Paris l’accueille, elle participe également à la création de médailles. Cette ultime exposition d’art contemporain à la Monnaie de Paris signe le passage dans l’institution d’une commissaire d’exposition qui a tracé sa ligne éditoriale avec notamment en 2017 « Women House » abordant la production contemporaine des femmes artistes dans leur relation explosive entre un genre – le féminin – et un espace – le domestique. S’attaquer au système patriarcal animait cette exposition collective. Faut-il pour autant gommer l’ombre du père dans l’œuvre de Kiki Smith ?

Photos : Monnaie de Paris

Kiki Smith

Du 18 octobre 2019 au 9 février 2020
Monnaie de Paris
11 quai de Conti
75006 Paris

Médias

Peggy Guggenheim, la rebelle

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Naître Guggenheim n’est pas anodin, naître au sein d’une famille de banquiers new-yorkais ne l’est pas non plus. C’est la vie et pour tout dire le destin de Peggy Guggenheim que retrace le remarquable documentaire présenté sur Arte. Marguerite Guggenheim est la fille de Benjamin Guggenheim et de Floretta Seligman, fille d’un riche banquier new-yorkais. Son oncle, Solomon R. Guggenheim, est le créateur de la Fondation Solomon R. Guggenheim. Pourtant Peggy n’est pas une riche héritière contrairement à ce que pourrait laisser croire cette histoire familiale. Il lui faudra attendre ses vingt et un ans pour entrer en possession de sa fortune à l’été 1919 après que ses oncles aient redressé les comptes et que le grand-père lui laisse un héritage.
La jeune femme ne semble pas, pour autant, véritablement bien dans sa peau. En 1920 elle décide de subir une intervention de chirurgie esthétique pour modifier son nez. L’opération est un échec et elle se retrouve avec un profil bien pire que le précédent. Dès 1920 elle achète un appartement à Paris et une villa près du Lavandou.
À Paris, elle se lie d’amitié avec Constantin Brâncuşi et surtout avec Marcel Duchamp qui lui apportera de précieux conseils pour la constitution de sa collection et pour ses futures expositions de sa galerie Guggenheim Jeune qu’elle ouvrira à Londres en 1938. Et si Peggy Guggenheim devient alors une collectionneuse éclairée en art moderne, elle collectionnera également les aventures amoureuses.

La collectionneuse

En 1928, à Saint-Tropez, elle rencontre John Holms écrivain alcoolique avec lequel elle part vivre à Londres. Deux ans plus tard, en 1936, elle rencontre un autre écrivain, Douglas Garman, qu’elle encourage à abandonner son activité de journaliste pour se consacrer à son œuvre. Elle se sépare rapidement de lui et fonde sa galerie d’art Guggenheim Jeune avec, pour conseillers principaux, Marcel Duchamp et Jean Cocteau. Grâce à eux, elle rencontre Jean Arp à qui elle achète une œuvre qui sera la première de sa collection. Elle exposera ensuite Jean Cocteau, Vassily Kandinsky.

Guggenheim Jeune devient une galerie reconnue pour laquelle Peggy doit d’ailleurs se battre. Notamment avec les douanes pour importer des sculptures de Jean Arp, Henry Moore, Alexander Calder, Brâncuşi, Antoine Pevsner. Elle expose ensuite Yves Tanguy, qui sera son amant, après une courte aventure avec Roland Penrose.

Pendant la « drôle de guerre » (1939-1940) , Peggy court d’atelier en atelier et cherche à acheter des oeuvres sur la base d’une liste préétablie d’artistes. Ainsi commence une des plus grandes collections d’œuvres d’art du XXe siècle, constituée par une jeune femme qui ignorait tout quelques années auparavant et qui est devenue une véritable experte. Lorsque la guerre éclate, le Louvre refuse d’accueillir les œuvres jugées trop modernes. C’est finalement dans un château près de Vichy que la collection sera entreposée dans une grange, sous des bottes de foin. Ensuite, et jusqu’à son retour aux États-Unis, c’est le musée de Grenoble qui va conserver et sauver sa collection jusqu’au printemps 1941. Finalement sous couvert d’« articles mobiliers », la collection partira aux Etats-Unis.
Ces quelques lignes qui retracent une vingtaine d’années de la vie de Peggy Guggenheim révèlent déjà la densité d’un parcours qui se poursuivra notamment avec la rencontre des artistes les plus importants, parmi lesquels Jackson Pollock jusqu’à son installation au palais Venier dei Leoni à Venise.
Le film décrit comment la jeune femme a acquis sa liberté parfois contre certains membres de sa famille et contre d’autres représentants d’institutions. Sa défense des femmes, également, s’est exprimée avec une exposition entièrement composée d’artistes femmes. Elles étaient trente et une. Son mari Marx Ernst la trompe avec l’une d’entre elles : Dorothéa Tanning . « J’aurais dû n’en exposer que 30. Ce fut mon erreur. » regrette -t-elle.
Du palais vénitien où elle se retire en 1947, elle continuera ses activités de mécène jusqu’à sa mort. Sa collection, qu’elle a rassemblée tout au long du XXe siècle pour quelque 40 000 dollars, vaut aujourd’hui des milliards.

Peggy Guggenheim, la collectionneuse
Documentaire de Lisa Immordino Vreeland (États-Unis, 2015, 1h32mn)
Diffusé le dimanche 24 Novembre 2019 et en replay pendant sept jours

Expositions

« Trésors de banlieues » : l’art en partage

Si le container maritime apparaît de nos jours comme le vecteur symbole de la mondialisation, on a vu apparaître ces dernières années un certain nombre de tentatives de détournement dans la destination de ces objets anonymes habituellement empilés sur des cargos monstrueux sillonnant les mers. En France l’œuvre de Vincent Ganivet, « Catène de containers », sculpture urbaine faite de trente huit containers maritimes peints, atteignant trente mètres de hauteur en est un exemple remarqué. En Australie à Fremantle, l’artiste Marcus Canning a érigé un arc en ciel de containers. En Angleterre une interprétation contemporaine de la structure mégalithique de Stonehenge a donné naissance à « Steelhenge » etc…

Ces containers participent désormais à la réalisation de scénographies pour les expositions. Ce fut le cas à Béziers cet été où vingt deux artistes ont présenté leurs œuvres dans « L’Art déboîte » , chacun disposant d’ un container maritime personnel.
A Gennevilliers, actuellement, l’exposition « Trésors de banlieues » déploie dans la vaste halle des Grésillons une quinzaine de ces containers dédiés à la présentation de 270 œuvres, conservées habituellement dans les communes de banlieues, œuvres souvent restées méconnues des habitants de ces villes. C’est donc l’accrochage lui-même qui constitue ici une sorte d’événement. L’idée de départ est née de la volonté de regrouper une cinquantaine de collectivités de banlieue pour réaliser une exposition à partir d’œuvres d’artistes disponibles dans leurs propres fonds. Plusieurs thématiques ont été définies parmi lesquelles  » Témoigner de son temps par tous les moyens de l’art », « Ce que nous disent les rues et les murs des banlieues », « Guerres et révolutions : résonances en banlieues ».

« Au fond à gauche », collectif de graphistes, plasticiens, scénographes qui a conçu cette scénographie, a fait partir de Bretagne les containers, certaines parois ayant été découpées pour les besoins de la présentation, avant de les acheminer à Gennevilliers, qui, je l’apprends, est le premier port fluvial de France et le deuxième en Europe. Et c’est sur le lieu d’exposition même que le conditionnement final de ces containers a été réalisé pour rendre possible la présentation des toiles au public.
Pour ces visiteurs qui peut-être n’iront pas tous visiter les musées parisiens, l’occasion s’offre de découvrir près de chez eux les toiles d’Henri Cueco, de Jacques Villeglé, Ladislas Kijno, Guillaume Corneille, Hervé Di Rosa, Ernest Pignon Ernest pour ne citer que quelques noms.

J’imagine que la difficulté a été de trouver une cohérence thématique en partant des fonds disponibles au sein des collectivités locales concernées. Ces « Trésors de banlieues » ont été constitués au gré des choix respectifs des communes, en fonction de leurs activités, d’éventuelles résidences d’artistes ou de la présence même de certains d’entre eux dans ces villes autour de Paris. On pourrait exprimer des réserves sur la disparité apparente des courants artistiques représentés. Pour autant l’exposition, au-delà de la notoriété des uns et des autres, joue le jeu de cette mise en lumière des collections existantes.
Un public de collectivités, composé de jeunes et moins jeunes, anime cette grande halle, ancien marché couvert, désormais dédiée à la culture. La coopération entre la ville de Gennevilliers et l’Académie des Banlieues, association regroupant des collectivités territoriales décidées à changer
les idées reçues sur les banlieues, a abouti à ce singulier voyage des containers pour un partage inédit de l’art du temps.

Avec un tel effort de scénographie pour une exposition finalement d’une durée assez courte, la question de l’après doit être posée, je suppose. Les containers n’ont pas peur des voyages et pourraient se prêter facilement à de nouvelles aventures.

Photos de l’auteur

« Trésors de banlieues »
4 Octobre – 30 Novembre 2019
Halles des Grésillons
Avenue des Grésillons
Gennevilliers


Expositions

Orsten Groom : une éruption peut en cacher une autre.

« Pompéii masturbator »

Depuis son exposition parisienne personnelle « Odradek » de 2017, la peinture d’Orsten Groom n’a rien perdu de son potentiel tellurique. Cette fois encore un argument de départ sert d’hypocentre à ce tremblement de terre pictural.
« Pompéii masturbator fait référence à l’une des victimes pétrifiées de l’éruption du Vésuve. En effet un homme a été retrouvé allongé sur le dos, en train de se masturber au moment de la catastrophe  » .

GHETTO, 210 x 210 cm / Huile & Glycero sur toile

J’évoquais lors de son exposition précédente « une éruption de formes et de couleurs ». Cette fois nous y sommes, au premier degré. Il faut croire que les secousses se sont propagées jusqu’en Italie. Le parc archéologique de Pompeii a demandé au peintre de sacrifier le titre de son exposition…
Mais si l’éruption du Vésuve remonte au début de premier millénaire, la peinture d’Orsten Groom se place délibérément dans une perspective plus lointaine encore. Revendiquant l’appellation « d’art pariétal post-historique » , l’artiste inscrit sa démarche avec assurance dans une relation à l’art singulière. Le peintre se considère dépendant de cette histoire née il y a trente cinq mille ans dont il devient le serviteur davantage que l’acteur libre de ses choix. Et s’il se sentirait davantage attiré, dit-il, par la réalisation de monochromes, force est de reconnaître que ses tableaux n’échappent pas à cette vision d’apocalypse. L’éruption du Vésuve ainsi que celle de sa « bienheureuse » victime s’expriment au travers de cet autre jaillissement : celui des couleurs et des formes que seul le format du tableau contraint dans un espace défini. Si bien que le spectateur doit composer avec cette explosion chromatique au risque d’être enseveli lui-même avant même d’avoir esquissé un geste de protection. Cette peinture en ébullition permanente ne laisse aucun répit à l’oeil de celui qui tente de prendre ses repères dans ce qu’Orsten Groom appelait il y a deux ans ses « Fatras » . Le regard voudrait pouvoir desserrer l’étreinte de cet enchevêtrement de signes, de cette profusion de couleurs. Mais le tableau s’impose à lui.

Le monde selon Orsten Groom.

Il faut rendre les armes et accepter le monde selon Orsten Groom. Replacer sa peinture dans le contexte de cette aventure millénaire est une préoccupation qui a habité de nombreux peintres. Mais si chez un Claude Viallat, par exemple, cela s’opère avec l’emploi d’une forme unique répétitive jusqu’à l’obsession, chez Orsten Groom, l’espace du tableau devient celui d’un champ de bataille. S’y affrontent des forces venues d’ailleurs, d’autres temps, chargées de leur histoire, de leur mémoire, face auxquelles le peintre tente de se frayer un chemin pour témoigner à son tour sur ce miracle : c’est la peinture qui relie les hommes, de la grotte Chauvet jusqu’à la pratique la plus contemporaine.

MAAT 210×140 cm et glycero sur toile

Chaque tableau révèle alors ce jaillissement qui s’impose au peintre. Le volcan aussi nous révèle les entrailles de la terre : la croûte terrestre ne représente qu’une partie infime de notre terre dont l’essentiel est constitué par un magma brûlant instable. De plus la planète traverse l’espace à une vitesse folle en tournant sur elle-même, projetant nos vies dans ce tourbillon infernal qui échappe à tout contrôle. L’humanité survit à ce cataclysme quotidien et témoigne de cette fragilité permanente.
Aujourd’hui Orsten Groom, sur cette frontière instable, nous donne à voir, à ressentir cette intranquillité.
Comment la vie sur une frontière serait-elle autrement qu’agitée ?

Orsten Groom
« Pompéii masturbator »

13 novembre – 7 décembre 2019
Espace Oppidium
30 rue de Picardie
75003 Paris

Coups de chapeau

Fondation Colas : les routes buissonnières

« La route du père Noël » Erro 2019

Fidèle à sa vocation initiée il y a vingt huit ans, la Fondation Colas présente la nouvelle promotion d’artistes accueillis dans le fonds considérable ( 380 oeuvres ) constitué au fil du temps avec comme thème permanent : la route. Depuis toutes ces années de mécénat, l’argument de départ s’est plié aux approches les plus diverses laissant aux artistes une grande liberté pour associer leur création à cette « figure imposée » finalement si peu imposée. Cette année particulièrement, il me semble que les peintres sélectionnés par le jury de la Fondation Colas s’en sont donnés à cœur joie pour emprunter sans retenue dans leurs propositions les voies de traverses, les routes buissonnières.
Toutes les générations sont représentées dans cette promotion 2019. De la personnalité historique Erro emblématique de la Figuration narrative et toujours solide comme un roc Islandais jusqu’à la jeune Lucie Picandet, c’est peu dire que les œuvres explorent des territoires variés. « La route du père Noël » d’Erro confirme, s’il en est besoin, la boulimie picturale de celui qui n’a cessé de dévorer les images depuis plus de soixante ans pour témoigner sur ce maelström des médias du siècle. Pour Lucie Picandet, ancienne élève de Jean-Michel Alberola, c’est une démarche fondée sur la fiction littéraire qui aboutit à cet étrange voyage intérieur d’un « Agent douleur » énigmatique, mal identifié et offert à toutes les projections du spectateur.

« 315 route de Peyrus » Phiippe Favrier 2019

On retrouve également l’habituelle économie de moyens d’un Philippe Favier. Chez cet artiste, à l’œuvre discrète, le « Less is more » des minimalistes s’engage allègrement sur les voies de la figuration avec « 315 route de Peyrus ».

Je découvre, pour ma part, l’artiste originaire de Corée du sud, Minjung Kim avec une œuvre délicate « La strada ». L’espace et le temps se conjuguent ici avec ce geste léger, fluide.

« La strada » Minjung Kim 2019

Sous la direction du président de la Fondation Hervé Le Bouc, qui a accompagné cette aventure artistique, une nouvelle orientation se manifeste dans le cadre de ce mécénat : un programme d’art urbain s’ouvre en direction des murs peints dans les villes. C’est le cas pour l’artiste britannique Helen Bur à la Biennale d’Art Urbain Teenage Kicks de Rennes. Les supports industriels participent au développement de cette idée : Mathias Brez sur la centrale à béton du groupe Servant, containers de chantiers peints par l’artiste « L’Outsider », bâches de chantiers de l’agence Colas de Toulon. Certes les murs peints ont vu le jour de façon institutionnelle dès la loi du « 1% » après la seconde guerre mondiale. Ici, c’est le mécénat privé qui s’implique sur une politique durable.
Ce nouvel aspect du mécénat Colas confirme, me semble-t-il, l’authenticité d’un tel engagement. On ne s’intéresse pas au mécénat artistique depuis près de trente ans pour des motifs éphémères ou ponctuels. Les trois cents quatre-vingt artistes qui en ont bénéficié ont dû partager ce sentiment sans rien renier de leur totale liberté, comme en témoigne cette production débridée de 2019.

Pour découvrir la galerie virtuelle de la Fondation Colas: https://www.colas.com/fichiers/documents_interactifs/fondation/galerie

Pour mémoire

Trois fois onze

C’est donc le onze novembre 2011 que le blog des Chroniques du chapeau noir est né. Cette date du 11/11/2011 n’a pas fait l’objet d’un choix soigneusement décidé dans le cadre d’une stratégie de communication. Ce onze novembre aussi il faisait froid comme aujourd’hui. Que faire un jour de novembre au plafond si bas, à la lumière si faible ? Pourquoi ne pas ouvrir un espace pour s’y adonner à un exercice assimilable au fond à celui de l’assouplissement physique ? Un peu de gymnastique mentale pour lutter contre l’engourdissement du prochain hiver ?
Symétrie pour symétrie, le hasard veut que 777 articles aient été produits à ce jour. Pour ces balades dans l’art de l’époque, par ce temps si froid, le chapeau (noir en l’occurrence) se révèle indispensable. Alors pourquoi chercher un titre plus loin, plus compliqué ? Le blog s’appellera « Chroniques du chapeau noir ». Il s’ouvre dès le lendemain de sa création sur cette exposition étonnante découverte quelques jours plus tôt à Metz dans un bâtiment historique, l’hôtel Saint-Livier où le Frac est installé depuis 2004.

Exposition « Le moins du monde » Susanna Fritscher 2011

Ce jour là l’exposition « Le moins du monde » invite à la méditation. « Parmi les artistes invités, Susanna Fritscher propose une grande salle blanche uniquement sous la lumière électrique. Dans un angle, plusieurs larges poufs blancs attendent les visiteurs. Sur un mur un vidéoprojecteur délivre une projection blanche, vide, continue. La salle est baignée dans une musique planante. Le jour de ma visite c’est Henry Flint ( extrait de Glissando n°1, 1979) qui occupe l’espace sonore. J’arrive dans cette salle quelque peu dubitatif. Depuis le « carré blanc sur fond blanc » de Malévitch , la mise à plat de la peinture puis de l’art est acquise. Comme j’ai un peu mal aux pieds après la déambulation dans le Centre Pompidou, je décide malgré tout de profiter de ces sièges accueillants. A vrai dire, on s’y laisse engloutir en se demandant s’il sera possible d’en sortir. »
L’article est bien timide, trop court. Il faudra du temps pour s’efforcer d’améliorer cette aventureuse ambition de proposer aux autres les impressions glanées au gré de ces errances dans l’art du temps.
Depuis ces huit années le blog a traversé beaucoup d’expositions, de galeries, de musées, de frontières parfois. Il n’a pas oublié les moments d’émotion quand, à l’entrée de l’exposition « Paris Magnum »  à la Mairie de Paris, le vigile m’apprend le massacre de Charlie Hebdo. Il n’a pas oublié non plus les moment de grâce quand, lors de l’inauguration du Shed à New-York, la collaboration entre Steve Reich et Gerhard Richter donne naissance à cette incroyable performance entre la série « Patterns» du peintre et les structures musicales rigoureuses et répétitives de Steve Reich.

Le blog des « Chroniques du chapeau noir » reste le témoin de ces moments suspendus, de ces instants inattendus nés d’une rencontre avec un lieu, un artiste. Rien à ajouter à ces lignes du 11/11/2018 : « Un blog n’est pas un ouvrage immortalisé dans le marbre. Il flotte sur la toile comme une plume au vent à la disposition d’un regard fugitif, d’une curiosité du moment. Il ne sera pas protégé pour l’éternité dans un cénotaphe vaniteux. Il restera peut-être caché dans quelques mémoires informatiques, encore présent çà et là dans le souvenir de ceux qui auront croisé un jour cet instant d’ouverture sur la création et sur la liberté d’échapper aux formatages et aux conformismes. »

Expositions

Katinka Bock : mémoires de cuivre

« Ressac »


« Machine à exposer »

Le lieu d’art Lafayette Anticipations dans le Marais à Paris ne ressemble à aucun autre centre d’art. Cette étonnante « Tour d’exposition » équipée de quatre planchers mobiles superposés est insérée dans l’emprise de la cour du bâtiment. Grâce à leur moteur embarqué, les planchers se déplacent indépendamment le long de crémaillères et peuvent être stationnés dans l’alignement des niveaux existants. Ce jeu de plates-formes permet, au fil des expositions, de modifier l’espace en quarante neuf configurations différentes. Cette « machine à exposer » vient compléter l’autre composante fondamentale de Lafayette Anticipations : son centre de production situé au sous-sol, où sont fabriquées les œuvres conçues par les artistes invités. L’utilisation simultanée de ces deux dispositifs permet la création d’œuvres inédites, conçues pour une configuration d’exposition idoine.

« Tumulte à Higienopolis »

L’artiste Katinka Bock, nommée cette année pour le prix Marcel Duchamp au Centre Pompidou de Paris, a pu, dans ce contexte très particulier, concevoir une œuvre monumentale spécifique pour le lieu et donner corps au concept de son exposition : « Tumulte à Higienopolis« . Haute de neuf mètres et lourde d’une tonne et demie, la sculpture, intitulée « Ressac » donne à voir un immense structure verte constituée de feuilles de cuivre.
Une fois que l’on a capté la vision de cette pièce sous les angles les plus variés, du rez-de chaussée jusqu’au troisième niveau, tout reste à faire pour le spectateur. Car ce regard n’a de sens que si l’on replace cette impressionnante masse recouverte de plaques de cuivre dans le contexte mémoriel de sa création.

Le Anzeiger-Hochhaus à Hanovre

Katinka Bock est partie d’un bâtiment emblématique de la ville de Hanovre, le Anzeiger-Hochhaus, l’un des premiers gratte-ciel d’Europe construit entre 1927 et 1928 apparaissant alors comme l’un des édifices marquants de la ville. Ce grand bloc rectangulaire de briques rouges surmonté d’un dôme de douze mètres de diamètre recouvert d’un cuivre verdi par le temps abrite à l’époque plusieurs journaux dont Der Spiegel, et permet la diffusion des premiers films sonores dans son cinéma sous l’impulsion de son propriétaire le puissant mécène August Madsack.

Anzeiger-Hochhaus Hanovre 1928

Le tumulte évoqué dans le titre de l’exposition renvoie à l’interdiction par le parti national socialiste de projeter le nouveau film de Dziga Vertov “La Symphonie du Donbass”. Le film, révolutionnaire pour son objectif politique (à la gloire de la collectivisation et du bond en avant industriel de l’URSS) , l’est aussi pour sa nouveauté technique : avec un procédé révolutionnaire d’enregistrement du son, il exalte à partir des sons industriels et de la musique de Chostakovitch et Timoféiev, l’effort des mineurs du Donbass. De nombreux artistes appartenant à ce phalanstère du Anzeiger-Hochhaus (Moholy-Nagy, Bertolt Brecht..) réagissent à l’interdiction du parti national socialiste.
Le bâtiment a survécu à la Seconde Guerre mondiale. Cependant, lors de l’un des derniers raids aériens du 25 mars 1945, le dôme a brûlé. Après la guerre, le gratte-ciel d’ Anzeiger-Hochhaus continua à servir de maison de presse, notamment pour les magazines Der Spiegel (1947) et Stern (1948).
C’est à l’occasion de la restauration de ce lieu mythique que Katinka Bock a pu récupérer une partie des plaques de cuivre de sa coupole. Cette récupération n’a donc pas seulement une valeur technique pour l’utilisation d’ un matériau facilement disponible. C’est bien la mémoire de ces feuilles de cuivre qui donnent à l’œuvre sa véritable richesse : une carapace portant les stigmates du passé. Ces feuilles de cuivre conservent la mémoire des « impacts des bombes qui ont transpercé [les feuilles de cuivre], leurs réparations, les dégradés de couleurs selon l’orientation est-ouest ou nord-sud, la pollution, les griffures de générations d’oiseaux, les impacts de grêle ».

Aujourd’hui, Anzeiger-Hochhaus fait partie du Media Center Hannover, qui comprend plusieurs bureaux de rédaction pour la radio et la télévision.
La sculpture créée par Katinka Bock nous oblige à cet effort : celui de reconnaître dans son matériau , au-delà de ses propriétés visuelles immédiates, sa spécificité historique chargée de tensions, de turbulences, de violence . La mémoire du cuivre hante cette production contemporaine avec cette peau métallique réhabilitée par l’artiste.

Photo : Lafayette anticipations

 » Tumulte à Higienopolis »
Du 9 octobre 2019 au 5 janvier 2020
Lafayette Anticipations
9 Rue du Plâtre
75004 Paris 4

Coups de chapeau·Expositions

Hans Hartung : le ciel nous appartient.

« Hans Hartung, la fabrique du geste »

Sous le titre « Hans Hartung, la fabrique du geste », le Musée d’art moderne de la ville de Paris propose une exposition qui suit le parcours du peintre des années vingt jusqu’à sa disparition en 1989. Plutôt que de retracer le déroulé chronologique de cet itinéraire fulgurant, c’est le coup de cœur pour une période de l’œuvre du peintre qui sera évoqué ici.

Hans Hartung , T1989- K35, 1989

Après les années 1930 où il s’engage sur la voie de l’abstraction et les terribles années quarante pendant lesquelles, lors de la campagne de libération de l’Alsace, il est blessé et doit être amputé de la jambe droite, Hartung aborde les années cinquante avec plusieurs expositions personnelles ou collectives. Il fait la connaissance de Gérard Schneider, Pierre Soulages, Georges Mathieu, Willi Baumeister et Mark Rothko et se voit reconnu comme l’un des chefs de file de l’art informel et un des précurseurs de l’Action Painting.

La peinture en action

C’est à partir des années soixante dix qu’Hartung, avec audace, saisit la liberté que lui procurent des outils inédits : balai de branches de genêts trempées dans la peinture et frappées sur la toile, serpette, tyrolienne utilisée dans le bâtiment pour les enduits, pulvérisateur à vignes… Et mon coup de cœur se focalise ainsi sur cette ultime année 1989 au cours de laquelle naissent des toiles vertigineuses. Hartung semble comme aspiré par l’immensité cosmique. En 2006, l’exposition parisienne collective « L’envolée lyrique » au musée du Luxembourg, témoignait sur ces années ardentes où Hartung occupait une place éminente.

Hans Hartung avec un télescope, Dresde, 1916

Au moment où il va disparaître, le peintre porte tous ses efforts en direction de cette inaccessible étoile. C’est ce même homme qui, tout jeune, pointait déjà son télescope personnel vers cette immensité incommensurable et incompréhensible. Dès l’âge de quinze ans Hans Hartung manifeste sa passion pour l’astronomie et pour les traces laissés par le mouvement des corps célestes. Ce vertige de l’infini n’a, semble-t-il, pas quitté le peintre et son redoutable handicap physique a peut-être multiplié son désir d’espace, de liberté. Au cours de cette ultime année 1989, Hartung consacre toutes ses toiles à ce mystère de l’espace céleste. Le ciel peut-il tenir entier dans sa toile ? La profondeur de l’espace efface le plan du tableau et devient, pour le visiteur, une fenêtre ouverte vers l’infini. Les grandes toiles exposées au musée d’art moderne de la ville de Paris achèvent en apothéose le parcours de l’exposition. Hans Hartung nous a offert, avec ces toiles des années ultimes, quelque chose qui refuse de se laisser enfermer dans le cadre du tableau, sur le plan de la toile : le ciel nous appartient.

Crédits photographiques :
Photo tableau : (c) Musée d’art moderne de Paris/Roger Viollet ADAGP Paris 2019. Photo Julien Vidal/Parisienne de photographie.
Photo Hartung : Wikipédia

Hans Hartung, la Fabrique du geste
11 octobre 2019 – 1er mars 2020
Mam – Musée d’Art moderne de la Ville de Paris
11, avenue avenue du Président Wilson , 75016 Paris

Coups de chapeau

Le fantôme de la place Vendôme

« Life of the Pumkin Recites, all about the Biggest Love for the People »

Non, je n’ai pas vu place Vendôme à Paris l’oeuvre monumentale de Yayoi Kusama. Pour ce premier jour de l’ouverture officielle de la Foire International d’Art Contemporain de Paris, l’oeuvre « Life of the Pumkin Recites, all about the Biggest Love for the People » a déjà quitté le socle spécialement aménagé sur la place pour la mettre en valeur.
Le sort semble s’acharner sur les propositions artistiques contemporaines destinées au « Hors les murs » de la F.I.A.C pour la célèbre place parisienne. On a pas oublié que cinq ans plus tôt éclatait le scandale de l’œuvre, gonflable elle aussi, mise en place par l’artiste américain Paul McCarthy. Des inconnus avaient, à l’époque, débranché l’alimentation de la soufflerie maintenant dressée la structure gonflable avant de sectionner plusieurs des sangles maintenant l’œuvre, sans toutefois toucher à l’enveloppe elle-même, avant de prendre la fuite. Pour mémoire, Paul McCarthy avait dressé place Vendôme son œuvre de vingt quatre mètres de haut , intitulée « Tree », en toile plastique verte. L’artiste n’avait rien fait pour lever la malicieuse ambiguïté que « Tree » suggérait entre un arbre de Noel et un… plug anal , à l’origine des réactions scandalisées.
Cette année, aucun vandalisme n’intervient dans la suppression de l’oeuvre de Kusama. Hier soir, les responsables de l’installation ont estimé nécessaire de dégonfler la sculpture compte tenu des conditions météo très défavorables. Il semble peu probable que la pièce soit de nouveau remontée.
Quelques heureux photographes ont pu cependant immortaliser cette apparition les jours précédant l’ouverture de la Foire.
A quatre vingt dix ans Yayoi Kusama a traversé le temps avec une expression obsessionnelle : « Un souvenir d’enfance fonde la légende de Yayoi Kusama et associe le commencement de sa vie d’artiste à une hallucination, une inquiétante étrangeté qui s’est manifestée autour de la table familiale : les fleurs rouges de la nappe se multiplient sur le plafond, les murs, le sol, sur elle-même. » expliquait la commissaire lors de l’exposition Kusama au Centre Pompidou de Paris en 2011.
Pour ma part de son exposition aux Abattoirs de Toulouse en 2002 jusqu’à celle de la Reine Sofia à Madrid puis celle de Paris en 2011, cette pratique infatigable cette fascination me semblait s’exprimer comme un jeu. Était-ce vraiment un jeu pour cette femme au psychisme fragile ? À partir de 1977, Kusama vit dans un hôpital psychiatrique à Tokyo. En plus de sa chambre au sein de l’hôpital l’artiste dispose d’un atelier pour elle et son équipe de l’autre côté de la rue. Si bien que la déclinaison obsessionnelle des points sur tous le supports témoigne de cette pratique nécessaire (thérapeutique ?).
La pièce créée cette année pour la place Vendôme se situe comme la pièce la plus monumentale de l’artiste. Cette citrouille géante apparait comme un thème récurrent depuis la fin des années quarante dans son œuvre. Sa famille cultivait ce légume à Matsumoto et la jeune Kusama a passé son enfance à proximité des champs de courges kabocha. Mais c’est surtout cette répétition à l’infini des pois sur toutes surfaces, dont la citrouille, qui signe la marque Kusama.

Avant même l’ouverture de la FI.A.C., l’oeuvre de Kusama bénéficiait, de plus, place Vendôme, d’une double présentation : un éclairage nocturne accentuait encore l’aspect fantomatique de cette apparition. Au-delà de l’objet surdimensionné, à l’image de la grande époque du Pop-art, c’est un trace supplémentaire de cette incroyable obsession que la place parisienne accueillait. Une obsession gonflée à l’extrême pour laquelle Kusama entend relier le soleil, la lune et la terre comme des sphères et les êtres humains comme des pois uniques au milieu de tous les autres.

Photos : New York Times et BFM TV

FIAC Hors les murs
17-20 Octobre 2019
Paris : Place de la Concorde, place Vendôme, Jardins des Tuileries

Expositions

Chroniques Romaines (2) : le MAXXI ne s’est pas fait en un jour.

MAXXI Rome

MAXXI, musée national de l’art du vingt et unième siècle

Quelque peu excentré de la Rome hantée par son histoire depuis l’Antiquité, le MAXXI, musée national de l’art du vingt et unième siècle, assume la charge redoutable de porter le flambeau d’un art contemporain dans la capitale Italienne. Rien n’a été négligé cependant pour jeter les bases d’une institution majeure : une construction nouvelle de trente mille mètres carrés dédiée à l’art vivant et à l’architecture contemporaine. Débarrassé de ses anciens baraquements militaires, l’espace libéré a offert la possibilité à l’architecte Zaha Hadid de créer un bâtiment contemporain disposant de vastes salles destinés aux expositions temporaires et d’une architecture intérieure claire, très ouverte, à la circulation facile en direction des modules: auditorium, bibliothèque, cafétéria. La naissance d’un tel projet ne s’est pas faite sans douleurs. En 2010, le journaliste de Libération envoyé pour l’inauguration, lançait dans un article lapidaire : « MAXXI, le tout à l’ego » . « L’édifice est maudit dès sa conception. Il aura fallu douze ans pour parvenir à ce pachyderme bossu, signé de la superstar britannique d’origine irakienne, Zaha Hadid ».

MAXXI collection permanente

Loin de ce jugement à l’emporte pièce davantage animé par l’intention polémique que par la rigueur journalistique, j’ai apprécié au contraire, dans ces salles contemporaines, la fluidité d’accès, la lumière favorable aux œuvres, ainsi qu’une échelle adaptée aux installations majeures.

« Tenendo per mano il sole – Maria Lai (1919-2013) »

Les salles d’expositions temporaires sont actuellement consacrées à une artiste italienne récemment décédée Maria Lai. « Tenendo per mano il sole – Maria Lai (1919-2013) » propose les oeuvres créées depuis 1960 : la cosmogonie de ses géographies évoquées par le soleil prend place dans un jeu où langage et parole tissent un remarquable ensemble de pièces.

Maria Lai (1919-2013)

La présentation de cette rétrospective occupe plusieurs salles et permet de mieux appréhender comment l’artiste relie métier à tisser, tissage, texture, textes, langages, mots, écrits, livres… Cette approche relie dans le même temps son œuvre à la terre, au cosmos, aux planisphères.
Avec ses atouts, le MAXXI doit maintenant montrer dans la durée sa capacité à attirer dans cette ville si particulière qu’est Rome, un public en direction de l’art de l’époque. Quand le Colisée, la Villa Borghèse ou la fontaine de Trévi, parmi tant d’autres monuments, attire des foules considérables, le MAXXI reste un havre de paix au public clairsemé. On peut imaginer que le temps des polémiques est maintenant passé. L’accueil houleux de son architecture, les difficultés financières des années récentes sont souvent le lot de créations contemporaines mal acceptées à leur début. Depuis presque une dizaine d’années, l’institution tient le cap et la collection permanente présente à la fois les artistes italiens contemporains comme Francesco Clemente, Giuseppe Penone, Alighiero Boetti, Mario Merz, Maurizio Cattelan notamment mais aussi des artistes internationaux parmi lesquels Gerhard Richter, Anish Kapoor, , Gilbert & George, Yayoi Kusama .

Face à la Rome millénaire, la jeunesse du MAXXI constitue vraisemblablement à la fois un avantage et un handicap. Rome ne s’est pas faite en un jour, le MAXXI non plus.

Photos de l’auteur

MAXXI – Musée national des arts du 21e siècle,
Via Guido Reni 4A
00196 Rome

Maria Lai. Tenendo per mano il sole
Maxxi, Rome
19 Juin 2019 – 12 Janvier2020