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Tous les chemins mènent à Roland Baladi

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est baladi-chemins.jpg

A propos de Roland Baladi, c’est une sculpture très singulière qui m’avait dans une premier temps alerté : l’artiste a sculpté en 1998 une « Sonorette » en marbre de Carrare, d’après un modèle de récepteur de télévision des années cinquante. Puis je découvre « The marbelous Cadillac 1985-2009″, somptueuse limousine américaine figée elle aussi dans le marbre de Carrare. Cette auto-immobile nous suggère un univers dont on ne sait pas s’il représente le vestige fossilisé d’une civilisation disparue ou l’annonciateur inquiétant d’un futur pétrifié.
Pour cet artiste qui s’est mesuré également à l’art vidéo, ce jeu de bascule entre différentes approches du réel n’en finit pas d’interpeller. L’artiste me donne à lire un écrit intitulé : « Tous les chemins mènent à l’unique objet de mon ressentiment ». Et l’aventure de Michael et Jello, à l’opposé des histoires immobiles que racontent ses sculptures, décrit l’errance de ce couple entre France et Etats-Unis. Pour ces deux étudiants d’art, elle parisienne, lui new-yorkais, ce cheminement entre l’Amérique et la France prend également l’allure d’une quête en direction des lieux de l’art, des galeries, centres d’art, portant témoignage sur la difficile approche pour les artistes de ces lieux convoités. Ce Road-trip, au style alerte, se nourrit des rencontres, des personnages croisés au gré de ce périple dans l’art vivant.

« The marbelous Cadillac 1985-2009 »

Au terme de cette lecture, c’est ce contraste qui interpelle : entre les sculptures figées dans le marbre de Carrare et la fébrilité permanente des personnages de ce premier roman, où trouver l’identité réelle de l’artiste ? A défaut de mener à Rome, tous les chemins de l’écrivain-artiste, de Carrare à Monterey, parcourent cette interrogation. Roland Baladi a créé le festival vidéo Bandits Mages, a exercé comme professeur à l’Ecole nationale des Beaux-arts de Bourges. Il faut se faire une raison : l’artiste semble avoir trouvé un malin plaisir à jouer sur cette ambiguïté. La sculpture, dans ce qu’elle a d’indestructible et la vidéo dans ce qu’elle montre d’éphémère, restent donc les composantes de son itinéraire. Et le roman témoigne de l’époque où ce chemin se cherche, où règne l’incertitude. Au bout du compte, il semble bien que le parcours est plus important que la destination, que les chemins de Roland Baladi mènent à lui-même.

Photo de l’artiste

« Tous les chemins mènent à l’unique objet de mon ressentiment »
Roland Baladi
Version brochée : 13 € – ISBN 9791069901360
226 pages – disponible en librairie en ligne

La chaîne vidéo

Vidéo-magazine N°9 : Sabine Weiss

Le Kiosque à Vannes présente la photographe Sabine Weiss. A cette occasion, le vidéo-magazine N°9 des Chroniques du chapeau noir propose un gros plan sur l’itinéraire de l’artiste.
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Article paru en 2015 :

Déclics pour Sabine Weiss

19 janvier 2015

Il ne reste que quelques jours pour découvrir, bien cachée au sous-sol de la Maison européenne de la photographie à Paris,  une petite exposition discrète : « Déclics,  neuf photographes en hommage à Sabine Weiss ».
L’automne dernier, le Salon de la Photo a demandé à neuf photographes professionnels, (Catalina Martin-Chico, Cédric Gerbehaye, Florence Levillain, Jean-Christophe Béchet, Marion Poussier, Mat Jacob, Philippe Guionie, Stéphane Lavoué, Viviane Dalles ) d’environ un demi-siècle ses cadets, de fêter les quatre-vingts dix ans de Sabine Weiss en réalisant chacun une image dont ils auront eu le « déclic» à partir d’une photographie de leur aînée. Leurs neuf photographies sont exposées en regard de celles qui les ont inspirés.

« Courses à Longchamp »

Mon coup de chapeau personnel s’adresse au travail de Florence Levillain pour l’hommage rendu à la photographie de Sabine Weiss « Courses à Longchamp » réalisée en 1952.

"Courses à Longchamp" 1952 Sabine Weis : "Courses à Longchamp" 1952 Sabine Weiss     "Courses à Longchamp" 1952 Sabine Weis : "Courses à Longchamp" 1952 Sabine Weiss
« Courses à Longchamp » 1952 Sabine Weiss

Récemment nonagénaire, Sabine Weiss nous donne un exemple lumineux par son énergie, sa présence toujours active lorsqu’il s’agit d’exposer son travail. Très jeune, l’occasion s’offre pour elle de réaliser les portraits de personnalités célèbres des arts et lettres : Igor Stravinski, Pablo Casals, Stan Getz, Fernand Léger, Francis Scott Fitzgerald, Alberto Giacometti, Jean Dubuffet…parmi tant d’autres.
Son travail  n’est pas conçu comme une photographie coup de poing mais avec le souci d’une approche bienveillante. Sabine Weiss a réussi à nous montrer le monde  en intervenant au minimum sur les scènes observées. Elle  ne se livre pas à une gesticulation voyante, armée d’une batterie d’appareils encombrants. Comme sa photographie, son geste est discret, léger. Elle ne veut pas déranger la scène observée, ni la bousculer le moindre du monde. Sabine Weiss nous donne le sentiment de réaliser son œuvre sur la pointe des pieds. En 1952, elle portait sur cette actualité sportive aux courses de Longchamp un regard décalé, oubliant volontairement l’évènement hippique pour ne capter que cette scène singulière, étrange scénographie de ces spectateurs juchés sur des chaises pour lesquels Sabine Weiss met en valeur la remarquable perspective.

Florence Levillain, photographe de reportage, s’est consacrée à des sujets très variés allant du monde de l’entreprise aux rues des banlieues. Travaillant en indépendante pour la presse (Libération, Le Monde, Psychologies, l’Etudiant…) elle a  effectué de nombreux reportages à l’étranger sur des sujets de société et remporte le prix Kodak en 1999 pour un reportage réalisé sur les femmes travaillant la nuit à Rungis.

Hommage à Sabine Weiss  Florence Levillain 2015
Hommage à Sabine Weiss Florence Levillain 2015

En regard de « Courses à Longchamp« , la photographie réalisée par Florence Levillain  rappelle davantage une œuvre de fiction, une réalisation d’artiste plasticien comme pourrait en proposer un Philippe Ramette par exemple. Dans cette scène que l’on ne peut rattacher à une quelconque actualité, les trois personnages respectant eux aussi la perspective des spectateurs de Sabine Weiss semblent gagner un dérisoire avantage en se juchant sur ces chaises alors qu’il dominent déjà un paysage à leurs pieds. Florence Levillain  prolonge et décale un peu plus le regard de Sabine Weiss en sortant l’étrange scénographie des spectateurs de Longchamp de son contexte pour les placer dans une situation inédite où leur attitude perd son sens initial.
Sur un sujet de reportage Sabine Weiss avait su porter un regard poétique sur le réel, éloigné du simple propos sportif. Florence Levillain transforme à son tour ce regard poétique sur le réel pour créer une fiction. Le statut de la photographie a changé pour passer de la captation à la mise en scène. Entre ces deux femmes photographes s’est joué à distance une complicité  dans le temps d’une photographie libérée de toute urgence informative.

Sabine Weiss dans l’Encyclopédie audiovisuelle de l’art contemporain

Seuphor, libre comme l'art

Seuphor, libre comme l’art : Menton 1928

 





Le blog des Chroniques du Chapeau noir poursuit la publication de « Seuphor, libre comme l’art », écrit par Claude Guibert sur la vie de l’écrivain, historien et artiste Michel Seuphor (1901-1999), de son vrai nom Fernand Berckelaers. Ce livre a été écrit en 2008 et sera publié intégralement à raison de quelques pages par publication, une fois par semaine.

Publication N°28
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Menton 1928

Le livre sur Le Gréco reste une préoccupation lancinante pour Seuphor. L’été 1928 éclot lorsqu’une opportunité se présente pour y travailler : une amie islandaise Ingibjörg Bjarnason, rencontrée à Montparnasse, vient de louer pour tout l’été une villa à Menton.

Menton 1928

Ingibjörg Bjarnason  a le même âge que Seuphor. Bien que née en Allemagne et y avoir grandi avec sa mère, Ingibjörg est de nationalité islandaise. Marié un temps avec un jeune allemand puis divorcée, elle donne naissance à sa fille Vera en 1927 avec laquelle elle arrive à Paris dans le quartier de Saint-Germain des prés. Peintre elle aussi, elle a rencontré de nombreux artistes parmi lesquels Piet Mondrian, Friedrich Vordemberge-Gildewart, Joaquin Torres-Garcia, Van Doesburg, Lissitsky et les architectes Alfred Roth, Le Corbusier et Gropius.  Seuphor et Ingibjörg se sont rencontrés à Montparnasse. La belle islandaise plaît à Seuphor.

Ingibjörg Bjarnason

Convié à la rejoindre, Seuphor prend le train et découvre avec ravissement ce site sur les hauteurs de la ville. Noyée dans les palmiers, offrant une somptueuse vue de la terrasse sur les toits rouges des hauts-quartier de Menton, la résidence réunit toutes les conditions pour la détente et la réflexion. Deux autres locataires partagent les lieux : Fritz Glarner et son épouse. Glarner, peintre suisse et américain, Seuphor l’a souvent croisé à Montparnasse. Il leur arrivait d’échanger sommairement sur la peinture, dialogue souvent discordant entre le Seuphor défenseur inconditionnel d’un Mondrian et Glarner encore distant du néoplasticisme. Récemment sorti de l’Académie Colarossi à Paris, où de nombreux artistes américains, scandinaves et canadiens trouvent là une alternative à l’École des Beau-arts, Glarner s’enflamme lors de ces discussions passionnées dont il va tirer des leçons. Pour l’heure, c’est Le Gréco qui préoccupe Seuphor. Il se met au travail. L’ouvrage avance dans une ambiance insolite, colorée par les enregistrements de Négro spirituals de Paul Robeson que Glarner et sa femme Louise ont rapporté de New York. La voix grave de ce fils d’esclave devenu acteur et chanteur célèbre, le touche.Dans la villa de Menton, l’été éclatant, l’endroit enchanteur favorisent les échanges. Avec flamme, Seuphor engage cette fois plus en profondeur la conversation sur l’abstraction avec le peintre. Tous les moyens participent à la démonstration. Sur la terrasse, une table ronde, verte, lui sert pour montrer que l’objet seul est aussi beau que s’il supportait un vase de fleurs ou une corbeille de fruits. De là à faire admettre la beauté du cercle en soi… Pour le moment Glarner n’est pas encore prêt à franchir le pas. Mais le chemin est pris et l’idée va germer dans son esprit. Plus tard, Seuphor lui facilitera une visite à Mondrian rue du départ, rencontre qui laissera une empreinte définitive chez l’américain. Il va s’y intéresser bien davantage, le retrouver ensuite à New York et développer son œuvre propre. Au terme du séjour, le livre sur Le Gréco est terminé. Assurer son édition constitue encore un obstacle à surmonter. Seuphor quitte Menton avant Ingibjörg . Ils décident de se retrouver un peu plus tard à Berlin où vivent les parents de son amie. Plus que jamais européen, il prend le chemin des écoliers qui le conduit à Florence, Venise, Vienne, Brno et Prague. A chaque étape, lors de retrouvailles avec des amis ou correspondants de revues, on le reçoit avec chaleur.

La chaîne vidéo

Vidéo-magazine N°8 Olivier Mosset

A l’occasion de l’exposition que lui consacre le MAMCO de Genève, le blog des Chroniques du chapeau noir dédie son vidéo-magazine à Olivier Mosset.

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Article paru en 2013

Olivier Mosset : la radicalité en peinture (1)

Au Musée Régional d’Art Contemporain Languedoc-Roussillon à Sérignan vient de s’ouvrir l’exposition consacrée exclusivement à Olivier Mosset  sur la totalité de ce lieu imposant.
Pas de demi-mesure possible avec un artiste aux positions radicales et qui attire, selon qu’il est admiré ou détesté, des attitudes tout aussi absolues.

La peinture est un concept

Les artistes du groupe BMPT, soit Buren, Mosset et Tonori, même s’ils émettent aujourd’hui des réserves sur le moment de ce qu’ils préfèrent ne pas appeler un groupe, ont cependant dès 1967 posé les bases d’un positionnement  fondamental.
Refuser que la peinture soit un jeu, qu’elle puisse consister à accorder ou désaccorder des couleur, qu’elle puisse valoriser le geste, représenter l’extérieur ou illustrer l’intériorité, refuser que  « peindre c’est peindre en fonction de l’esthétisme, des fleurs, des femmes, de l’érotisme, de l’environnement quotidien, de l’art, de dada, de la psychanalyse, de la guerre au Vietnam. » bref affirmer haut et fort « Nous ne sommes pas peintres », voilà la base de départ de ces artistes radicaux.
Et pour mieux affirmer ce refus d’être peintre, ils se sont servis …. de toiles, de pinceaux et de couleurs.
C’est donc que, pour se référer à l’incontournable coupure de Duchamp, la peinture après lui ne répondait plus à ces paramètres qui ont accompagné l’histoire de l’art.
Pour en revenir particulièrement à Olivier Mosset, la peinture apparaît comme un concept.
Ce n’est plus l’œuvre d’un artiste avec son aptitude personnelle à réaliser, ce n’est pas davantage l’expression d’un monde intérieur, sanctionné par une signature  que nous devons  prendre en compte.

Loin de l’abstraction géométrique

Pour ces raisons, mettre en relation le travail d’Olivier Mosset avec l’histoire  de l’abstraction géométrique serait,  je crois,  une erreur.  Les peintres de cette abstraction, elle aussi radicale, s’inscrivaient, me semble-t-il, dans l’histoire de la peinture avec cette volonté de la pousser dans ses retranchements, en quête d’un absolu. J’entends encore Aurélie Nemours m’évoquer sa démarche Janséniste et son évolution irrésistible d’une figuration vers son abstraction intransigeante. J’entends encore Luc Peire me décrire comment sa peinture glissait progressivement de la figuration à l’abstraction, s’imposant presque à son corps défendant pour aboutir à ce verticalisme abstrait vertigineux.
L’absolu vers lequel tendaient ces peintres n’était pas le fait d’un position radicale de principe et de départ, mais le glissement irrésistible d’une histoire de la peinture.

Le degré zéro de la peinture

C’est donc de bien autre chose qu’il s’agit lors du Salon de la Jeune peinture de 1967 au musée d’art moderne de la ville de Paris. Buren, Mosset, Parmentier et Toroni déterminent alors  le degré zéro de la peinture.  A l’instar du zéro absolu des températures, ce point est théorique et inaccessible. C’est donc bien sur des positions théoriques, conceptuelles, voire virtuelles que se situe un Olivier Mosset qui nous propose une peinture sans peintre. Il ne fallait pas moins que les 2700 mètres carrés du MRAC de Sérignan pour démontrer cette contradiction.

Olivier Mosset dans l’Encyclopédie audiovisuelle de l’art contemporain

Seuphor, libre comme l'art

Seuphor, libre comme l'art : le Russolophone





Le blog des Chroniques du Chapeau noir poursuit la publication de « Seuphor, libre comme l’art », écrit par Claude Guibert sur la vie de l’écrivain, historien et artiste Michel Seuphor (1901-1999), de son vrai nom Fernand Berckelaers. Ce livre a été écrit en 2008 et sera publié intégralement à raison de quelques pages par publication, une fois par semaine.

Publication N°27
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Le Russolophone

En 1927, l’ami Luigi Russolo s’installe à Paris pour fuir le fascisme. Il gagne sa vie en créant en direct la musique de films muets d’avant-garde, grâce au Rumorharmonium (instrument qu’il a créé et qui regroupe sous la forme d’un piano droit, quelques-uns de ses bruiteurs), puis du Russolophone. A la Sorbonne, il présente cet instrument extravagant. La soirée commence de manière quelque peu agitée en présence des surréalistes. Pour eux, tous les futuristes apportent leur soutien au fascisme et rien ne différencie Russolo des autres. Une fois le calme rétabli, Marinetti prononce un discours puis on présente l’invention de Russolo qui intrigue l’assistance.

Malheureusement, ce soir là, l’appareil ne fonctionne pas au mieux de ses possibilités. Au passage de la frontière, les douaniers français, en examinant cet engin mystérieux, n’ont pas hésité à couper aux ciseaux quelques-unes des ficelles qui servaient de liens mécaniques à l’intérieur. Par le jeu des touches, cet curieux piano permet à Russolo de frapper, pincer, agiter. Des plaques métalliques mises en branle, des débris de vaisselle s’entrechoquent, des cylindres de carton résonnent, des soufflets gémissent. Une pédale fait cesser tout bruit en cours. L’instrumentiste dispose ainsi de toute une palette de sons étranges  : halètements de machines, coassements de crapauds, dégringolades de porcelaine, gifles, appels étouffés, cris…. Avec une douzaine de jeux , le Russolophone donne aussi bien des bruits que des accords parfaits.
Un jeune cinéaste d’avant-garde, Eugène Deslaw, ukrainien émigré à Paris depuis peu d’années, découvre les travaux de Russolo et s’intéresse à sa recherche sonore. Il lui fournit l’occasion de créer un environnement sonore pour deux de ses court-métrages « La marche des machines », « Les nuits électriques ». Ce cinéma expérimental convient bien à Russolo. Dans les courts-métrages de Deslaw, il n’est pas question d’écrire un scénario ni d’utiliser des comédiens. Le cinéaste sort le soir avec sa petite caméra et, tel un chasseur, se met à l’affût de cette vie nocturne. Images et vagues sonores s’entre-mêlent sans préoccupation de récit. Ce cinéma là rêve de se libérer des entraves de la production, de se délivrer des contraintes littéraires du récit. Le rythme prime. Il est capable en quelques minutes de réussir ce qu’un écrivain ou un peintre ne peut atteindre qu’au prix d’un travail long et pénible. La libération totale du cinématographe passe par cette économie de moyens. Pas de commanditaire, pas de kilomètres de pellicules ! La perfection technique des plans n’est plus à l’ordre du jour. Il faut attacher une importance primordiale au mouvement, privilégier l’impression, la sensation.

Copyright Claude Guibert 2008

La chaîne vidéo

Vidéo-magazine N° 7 Philippe Cognée

A l’occasion de l’exposition Philippe Cognée au Domaine de Chaumont, le vidéo-magazine propose un gros plan sur le peintre.

Philippe Cognée
« Paysages révélés »

Galeries hautes du Château
Domaine de Chaumont saison été 2020

Article sur Philippe Cognée paru le 14 Janvier 2017

Philippe Cognée, loin de la foule solitaire

Lors de sa dernière exposition parisienne à la galerie Daniel Templon il y a trois ans, Philippe Cognée présentait, avec un montage de centaines de morceaux parallélépipèdes en marbre, la maquette d’une cité imaginaire, hommage à la créativité de ses amis architectes dont les portraits peints par l’artiste occupaient les murs de la galerie. Cette proposition s’inspirait de ce constat : « Les images de villes que montre Google Earth sont inimaginables puisque ce sont des vues prises par satellite : on peut jouer à en saisir des plans très rapprochés vraiment impressionnants qui frisent l’abstraction ».

Cellular tower 2.016 Philippe Cognée
Cellular tower 2016 Philippe Cognée

Avec sa technique très personnelle de peintre   Philippe Cognée prolonge cette recherche avec deux thèmes dans les espaces de la galerie. Il utilise toujours une peinture à l’encaustique faite de cire d’abeille et de pigments de couleur qu’il dispose sur la toile. Puis il recouvre cette application par un film plastique sur lequel un fer à repasser, qui chauffe et liquéfie la cire, enfouit le sujet dans la matière. Décollé, le film plastique produit des effets d’arrachage, et l’image semble prise dans une surface glacée : d’où l’impression de flou, de trouble, de rupture avec une réalité nette.
Les villes imaginaires, cette fois envisagées sur le plan du tableau, entrent en résonance avec les foules présentées dans la galerie principale. Dans les deux cas, la technique employée apporte aux sujets peints l’équivalent d’un dérèglement optique contribuant à ce basculement d’une image à priori figurative vers une autre réalité, incertaine, projetant le spectateur dans un univers inédit.
Ce jeu de dérèglement de la vision peut également se vérifier d’un tableau au suivant. Si certaines toiles permettent de distinguer les personnages qui composent cette foule, d’autres resserrent les silhouettes dans ce qui devient une forme de magma dans lequel se fondent les formes humaines. Notre œil perçoit alors une sorte d’abstraction alors que notre réflexion veut toujours y voir une multitude d’individus reconnaissables. C’est, me semble-t-il, sur ce point d’équilibre que se situe la particularité du travail de Philippe Cognée : non pas donner une image du réel mais produire un réel issu d’une image, ce réel/image étant validé désormais par toutes les traces photographiques des procédés technologiques mis à notre disposition.

Radiant crowd 2016 Phiippe Cogée
Radiant crowd 2016 Philippe Cognée

« La foule solitaire »

On ne peut pas ne pas évoquer ce que sous-tend cette vision de la société humaine dans laquelle l’individu se dissout dans un   collectif désormais indéfini. Cette « foule solitaire » décrite dans les années cinquante par le sociologue américain David Riesman devient une entité produisant ses propres valeurs, ses propres attitudes.  La détermination personnelle de l’individu s’efface alors au profit de ce comportement dicté par un nouveau corps dominateur. L’artiste, prenant de la hauteur pour embrasser ce phénomène de masse, nous donne à voir une image produite par cette peinture très singulière à base de cire d’abeille. Comme pour ces abeilles asservies au destin du collectif, c’est l’essaim qui seul définit l’existence et la raison d’être de chaque insecte qui le compose. Avec les moyens de la peinture et en prenant ses distances visuelles avec ce phénomène rapporté à la vie des humains, Philippe Cognée révèle cette redoutable mutation.

Photos: Galerie Daniel Templon

Seuphor, libre comme l'art

Seuphor, libre comme l'art : retour à Paris








Le blog des Chroniques du Chapeau noir poursuit la publication de « Seuphor, libre comme l’art », écrit par Claude Guibert sur la vie de l’écrivain, historien et artiste Michel Seuphor (1901-1999), de son vrai nom Fernand Berckelaers. Ce livre a été écrit en 2008 et sera publié intégralement à raison de quelques pages par publication, une fois par semaine (accès aux publications précédentes dans la catégorie éponyme du blog ).

Publication N°26
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Retour à Paris

En ce début de printemps, Paris est accueillant, le temps doux. Seuphor a le sentiment réconfortant de rentrer chez lui. D’un côté à l’autre du boulevard Montparnasse, du Dôme à la Rotonde, on l’interpelle :
– « Seuphor ! On te croyait parti pour de bon ! ».
Le temps de retrouver une chambre dans son petit hôtel, il se rend aussitôt à l’atelier de Mondrian. Encore habité par toutes les émotions de son périple italien, Seuphor est intarissable. Mondrian, quelque peu dubitatif, se montre perplexe devant une aussi longue absence. Le voyage intérieur reste, lui semble-t-il, le seul qui mérite autant d’énergie. Pour preuve de son élan créateur à Rome, Seuphor lui tend le texte tapé de « L’Ephémère est éternel ». Il lui relate, une fois encore, ça plongée dans l’univers des futuristes, l’achoppement de son projet de congrès auprès de Marinetti, ses rencontres avec Prampolini, Balla et Brabaglia et sa proposition sans suite de créer les décors de sa pièce. Toujours circonspect, économe dans ses gestes comme dans ses phrases, Mondrian écoute.

Décor créé par Mondrian pour « L’Ephémère est éternel »

Quelques jours plus tard, lors d’une de ses visites quasi quotidiennes au peintre, Seuphor aperçoit sur une petite commode rouge qui, jusque-là servait de support à un tourne-disque, une maquette pour sa pièce de théâtre, avec trois décors amovibles…

Un ami hongrois lui propose de partager avec un couple sa villa des Bleuets à Villeneuve le Roi. Six cents francs de loyer en trois parts, nourriture cinq francs par jour et par personne, la perspective lui convient. Pour autant, la vie a trois n’est pas toujours simple. Son frère Paul en est informé :
– « On engloutit d’énormes quantités de « rouge ordinaire » il y a trois jours on avait aussi une bouteille de « Kirsch Fantaisie » qui est du pur alcool à base de quelque poison il s’ensuit que plus une soupe hongroise au vinaigre plus les secousses du train électrique j’ai dégobillé entre Villeneuve et Paris sur mon beau pantalon clair et mon veston rayé on m’a pris par les quatre pattes et j’ai passé quelques heures dans une infirmerie il paraît que je n’ai pas été loin de claquer , mais grâce à cela une révolution complète s’est accomplie : à Villeneuve j’ai presque complètement perdu l’usage de la langue allemande et du vin rouge et je me suis remis en relations plus intimes avec ma machine-à-écrire-en-français. »(1)

Le fidèle Paul Dermée, fort de sa position de journaliste à la Tour Eiffel, trouve une opportunité pour parler sur les ondes du travail de Seuphor, notamment sur « Diaphragme intérieur ». Enthousiasmé, Seuphor avertit sa mère en urgence car il est question qu’il s’exprime également sur les ondes :
– « N’aurais-tu pas un poste pour m’écouter ? »(2)

Après ce moment de gloire où Dermée assure, au mois d’août 1926, la promotion des œuvres de son ami, il faut tenter de prolonger l’événement Seuphor suggère à Félix Del Marle de publier dans sa revue Vouloir.

Copyright Claude Guibert 2008

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1 « Spécial Seuphor » Archipel Cahiers international de littérature Anvers 2001

2 Seuphor, Fonds Mercator SA , Anvers, Paris   p 140

La chaîne vidéo

Vidéo-magazine N°6 : Francisco Sobrino

L’Espace d’art concret de Mouans Sartoux propose actuellement une rétrospective sur l’artiste cinétique Francisco Sobrino.

Article paru le 18 mai 2014

Le G.R.A.V. et après

GRAV

La disparition récente de Francisco Sobrino (1932-2014) ponctue l’éloignement historique d’un mouvement de l’art du vingtième siècle:  le Groupe de recherche d’art visuel (GRAV) qui réunissait Horacio Garcia Rossi, Julio Le Parc, François Morellet, Francisco Sobrino, Joël Stein, Yvaral. Seuls deux artistes du groupe témoignent encore de cette période : Julio Le Parc et François Morellet, ce dernier s’étant écarté quelque peu de la tendance dominante du groupe, l’art cinétique et lumino-cinétique, pour se diriger vers un art concret épuré qu’il présente aujourd’hui encore (tout récemment à la galerie Kamel Mennour à Paris).
Le  G.R.A.V définissait, en effet, ses « propositions sur le mouvement » en 1961 en participant à la IIe Biennale de Paris au musée d’Art moderne de la Ville de Paris. Son premier manifeste « Assez de mystifications« , jeté en tract dans l’ exposition, ambitionnait de changer le rapport du spectateur à l’art. Des positions radicales s’expriment alors : « Il s’agissait de définir des critères objectifs d’analyse pour obtenir une position théorique globale, à savoir la surestimation de l’individu et des circuit traditionnels de l’expression et de diffusion. » Mais une évolution se fait jour : on décide de conserver la signature nominale des œuvres et une spécificité individuelle dans le travail : Yvaral travaille avec les fils de nylon et de vinyle tendus, Le Parc se consacre à la lumière, Stein s’intéresse aux trièdres et la polarisation, Garcia Rossi choisit les boîtes à réflexion lumineuse et Morellet s’investit dans la  programmation des pulsions de tubes de néon. Sobrino opte, pour sa part, pour le plexiglas. Il propose des reliefs, formes plates superposées par interrelations, progressions, systématisation (Plexiglas blanc-noir et couleur), œuvres en volumes (Plexiglas transparent).

'Estructura permutacional', 1972, Paseo de la Castellana, Madrid Francisco Sobrino
‘Estructura permutacional’, 1972, Paseo de la Castellana, Madrid Francisco Sobrino

« Structures permutationnelles »

Assez vite, Sobrino explore l’utilisation de nouveaux matériaux. Il  entreprend la réalisation de « Structures permutationnelles » en aluminium. Les recherches sont les mêmes que dans les pièces en Plexiglas. L’effet miroir ajoute une interférence entre l’œuvre et son environnement : formes, mouvements et lumières sont incorporés et reflétés, l’œuvre s’intègre à l’architecture, créant ainsi des images virtuelles toujours recomposées par le déplacement du spectateur. Après la dissolution du GRAV en 1968, Francisco Sobrino poursuit, de son côté, cette recherche induite à l’époque du groupe.
On sait combien le mouvement de l’art cinétique et lumino-cinétique a traversé une longue période d’oubli avant de revenir en force notamment l’an passé avec Julio Le Parc au Palais de Tokyo à Paris et Jésus Raphael Soto  au Centre Pompidou toujours à Paris avant la somptueuse exposition « Dynamo »  au Grand Palais.
Francesco Sobrino aura bénéficié avec les autres artistes vivants de l’ancien GRAV de ce retour spectaculaire au premier plan. Dans le même temps la galerie Galerie NMarino à Paris lui consacra une exposition de ses travaux en Noir et Blanc.

Sobrino autoroute 1989
Métal peint 20 m de hauteur autoroute Madrid-Barcelone Guadalajara 1989 Sobrino

Signalétique

Avec le recul sur ces années soixante turbulentes pour les jeunes artistes du GRAV, la pérennité de l’ œuvre de Sobrino pourrait bien se trouver dans cette relation à l’architecture qu’il approfondit avec des réalisations  signalétiques, notamment sur les autoroutes espagnoles.
Entre les « Structures permutationnelles » et leur jeu d’aller-retour entre l’oeuvre et l’architecture proche et ces signalétiques monumentales, Francisco Sobrino s’est positionné à la charnière de ces préoccupations à la fois plastiques et architecturales.
Si bien que le mouvement, dans cette création, s’apparente davantage à un agencement des plans (perturbés,déclinés) qu’au jeu de lumière auquel le lumino-cinétisme nous avait sensibilisé.Francisco Sobrino aura réussi à rendre perceptible, dans cette monumentalité statique, un mouvement seulement créé par ce jeu de plans sans recourir aux procédures cinétiques ou lumineuses de ses amis du G.R.A.V.

Rétrospective Sobrino
Jusqu’au 6 septrembre 2020
Espace de l’Art Concret
Centre d’art contemporain
Donation Albers-Honegger
Château de Mouans
06370 Mouans-Sartoux

Seuphor, libre comme l'art

Seuphor, libre comme l'art : l'éphémère est éternel.





Le blog des Chroniques du Chapeau noir poursuit la publication de « Seuphor, libre comme l’art », écrit par Claude Guibert sur la vie de l’écrivain, historien et artiste Michel Seuphor (1901-1999), de son vrai nom Fernand Berckelaers. Ce livre a été écrit en 2008 et sera publié intégralement à raison de quelques pages par publication, une fois par semaine (accès aux publications précédentes dans la catégorie éponyme du blog ).

Publication N°25
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Assez des vêtements « atrocement passéistes » de la mode contemporaine, Balla revendique une nouvelle mode futuriste : joyeuse, insolente, avec des lignes simples. Ses couleurs seront « musculaires » : rouge, turquoise, jaune, orange, vermillon, des couleurs franches et violentes, rehaussées de tons « osseux » blancs, gris, noirs. Les dessins seront composés à partir d’éléments abstraits tels que cônes, triangles, spirales, ellipses, cercles. Les coupes seront dynamiques parce que asymétriques, la manche de gauche d’un vêtement se terminant par une forme ronde, celle de droite par une forme carrée, ainsi pour les gilets, les paletots ou les pantalons. Le vêtement futuriste sera « dynamisant, agilisant, éclairant », grâce à l’emploi de couleurs. Sous la définition de « vêtement antineutraliste » Balla voit dans cette révolution des vêtements un mode de reconnaissance pour la gloire du futurisme :

– «  Toute la jeunesse italienne reconnaîtra en nous qui les portons, ses vivants drapeaux futuristes pour notre grande guerre nécessaire, URGENTE ». 1

Pour le jeune Seuphor dont la culture du chapeau noir, redingote, col blanc net, nœud papillon noir reste la référence, le discours tourbillonnant de Balla donne le vertige.
Dans ce grand atelier romain, c’est bien le mouvement qui se dégage des œuvres présentes.
« Vitesse d’automobile » , à la manière d’une chronophotographie d’Étienne-Jules Marey, propose une composition de lignes obliques, d’angles, de diagonales, de courbes, l’enchevêtrement des formes. Dans cet espace privilégié, les surprises ne manquent pas. Balla, attaché à transformer l’art mais également le quotidien, réalise des meubles, des céramiques, des « fleurs futuristes » montables et démontables. Passionné par la photo, il a apporté sa contribution à la « photo-performance », se met en scène face à ses tableaux, joue avec l’objectif. Mouvement, vitesse, action. Peinture, architecture, théâtre, photographie, vie quotidienne, sculpture, cinéma, rien ne doit échapper à l’avènement du monde nouveau de la machine. Balla se veut ouvert à toutes les libertés, refusant les idées préconçues. Seuphor, en confiance devant cet aîné à l’esprit d’adolescent, expose ses projets. La vitalité créative qu’il découvre depuis qu’il est arrivé à Rome, entraîne sa propre exaltation. Il confie son idée d’ une pièce de théâtre ou plutôt d’anti-théâtre. Il faut en finir avec le théâtre de boulevard. Ce théâtre est mort ! Pour l’homme d’aujourd’hui, quel spectacle proposer ? Les manifestations sportives, le cirque, le music-hall ? Il veut marier la musique verbale et le constructivisme. Il se laisse même aller à mimer sa pièce devant le peintre. Balla se montre convaincu, applaudît à l’audace du projet, l’encourage à écrire.

L’éphémère est éternel

C’est le déclic qui manquait à Seuphor. Il va tout de suite coucher sa pièce sur le papier. Devant sa petite machine à écrire Corona, dans sa chambre d’hôtel, il se met à la tâche.

– « Première action :

Trois coups clairs et bien espacés d’une sonnerie de grosse pendule. Silence. Puis on perçoit un tic-tac très lent et vigoureux qui par la suite diminue insensiblement de force.
Après trois minutes environ, le rideau se lève sur une scène vide. Le tic-tac est maintenant très affaibli et on ne l’entend guère plus que deux ou trois fois pendant que le personnage 1 entre à gauche et commence à dessiner tout le long de la rampe une série de grands cercles adjacents sur une vitre imaginaire entre les spectateurs et lui.  » (2)

La nuit sera blanche, la pièce écrite d’un seul jet. Le matin
« L’Ephémère est éternel » démonstrations théâtrales en trois actions et deux intermèdes avec chœurs et ballets vient de naître. Elle est dédiée à la femme de Marinetti. »
Il informe immédiatement Joostens :
– « Maintenant c’est fini pour de bon : je ne veux plus entendre parler de réalisme ou d’expressionnisme. Ah si mon « Éphémère est Éternel » pouvait être joué un jour : quel « spectacle » bienfaisant pour gens de cœur-et-d’âme. C’est comme les robes de femmes de ce temps : simple, bref et ça ne pèse rien. » 9 mars 1926 (3)

Chez les futuristes, la pièce de Seuphor plaît. Il en donne une copie à Anton Bragaglia qui a ouvert, en 1922, le « Teatro degli Sperimentale indépendants ». Sa société Bragaglia Spectacles représente l’avant-garde italienne. Il est même question que l’artiste réalise les décors pour la pièce. Seuphor ne veut pas quitter l’Italie sans découvrir Venise. Une fois sur place, il se rend compte très vite que la vie y est fort chère et qu’il n’a plus de quoi rentrer à Paris. Renseignements pris à la gare, il a tout juste de quoi se rendre à …. Budapest. Puisqu’il a conservé quelques attaches avec des hongrois, il se décide donc pour Budapest où il est accueilli avec amitié par madame Thal rencontrée lors de son séjour à Belle Île en mer. Et c’est finalement après un détour par Prague qu’il rentre à Paris. 

Copyright Claude Guibert 2008

________________________________________________________________________________________________________2S

1« Le vêtement antineutraliste » Manifeste futuriste 11 Septembre 1914 Giacommo Balla
2 Seuphor, Fonds Mercator SA , Anvers, Paris  p 54 
3 Seuphor, Fonds Mercator SA , Anvers, Paris   p 138

La chaîne vidéo

Vidéo magazine N°5 : Henri Cueco

Le musée de l’abbaye Sainte croix aux Sables d’Olonne prolonge l’exposition consacrée au peintre Henri Cueco.

Henri Cueco : la stratégie du rat
( Article paru le 24 juillet 2012)

Evoquer Henri Cueco, c’ est prendre en compte une perspective de plus de cinquante ans, avec sa première participation au salon de la jeune peinture en 1952. À partir de 1962, Cueco peint des séries (« Rivières », « Salles de bains », « Jeux d’adultes », « Hommes rouges ») dont la technique utilise des figures découpées, aplats de couleur, pointillés et rayures. Il est associé alors au mouvement de la figuration narrative qui se développe au milieu des années 1960.
Herni Cueco entame alors l’aventure collective de la coopérative des Malassis, issue du salon de la jeune peinture. Les premiers écrits ou travaux de la Jeune Peinture témoignent dès 1966 de la conscience claire d’une crise idéologique et de la nécessité de repenser le rôle des artistes et de leurs pro­duits en termes politiques. La crise de mai 1968 a illustré et fait mûrir ces points de vue donnant à la Jeune Peinture une position d’avant garde.
Henri Cueco a fait son œuvre ; le groupe des Malassis a cessé son activité collective. Témoignant sur ce chemin redevenu solitaire, le peintre s’exprime avec beaucoup de simplicité ; on le sent toujours en quête d’interrogation sur son travail, presque étonné de son développement.
A l’époque où les peintres de Supports/surfaces procédaient à la remise à plat de la peinture, ceux de la nouvelle figuration avaient donc fait un choix différent, même si, dans les deux démarches, leurs réflexions conduisaient à des prises de position politique et militante.
Henri Cueco, dans ce choix figuratif, est peut-être celui qui a le plus interrogé, à sa manière, la peinture, comparé aux autres peintres de la Figuration narrative.
Son expérience de la pratique collective, au sein de la coopérative des Malassis, a assurément donné une dimension particulière à l’engagement du peintre.

Puis le peintre élargit les réflexions du peintre et apporte son concours à l’association Pays-Paysage dont il fut un des fondateurs en 1979.
L’écriture devient alors chez lui un autre moyen d’appréhender le monde. Il publie de nombreux textes parmi lesquels L’Arène de l’art , essai écrit avec P. Gaudibert en 1988, critique virulente d’un minimalisme académique et d’un art conceptuel devenus trop officiels, à son goût, en France, Journal d’atelier , 1988-1991 ou Le Journal d’une pomme de terre , Comment grossir sans se priver en 1997, Discours inaugural du centre national de la faute d’orthographe et du lapsus . Tout récemment, il fait paraître « L’été des serpents » :
« J’ai quinze ans à la fin de la guerre. L’aventure de la mort héroïque est terminée. Il va falloir apprendre à mourir de maladie et de vieillesse. C’est jeune pour mourir vieux. J’ai raté ma guerre. J’étais trop jeune pour être un héros.». La guerre au quotidien dans une petite ville de Corrèze : les boches et les résistants, les braves et les veules, les communistes et les collabos ; les réfugiés espagnols bien sûr et quelques familles juives. Un quotidien entre soumission et courage qui n’empêche pas les rires et les amours. Et les rêves, les désirs surtout, de femmes… de toutes les femmes. »De cette activité polymorphe, Henri Cueco a, semble-t-il, cherché le sens de sa propre démarche, d’une toile à un livre, d’une expérience intimiste à une action syndicale ou politique pour tenter de comprendre cette inexplicable présence au monde.

« Mon itinéraire ? J’ai utilisé pour m’en sortir la stratégie du rat : tout essayer inlassablement jusqu’à ce que l’on trouve la sortie . Mais sortir de quoi au juste ? »

Henri Cueco, jeune peintre
Du 12/05/2020 au 20/09/2020
Musée de l’Abbaye Sainte-Croix
Croisée culturelle
rue de Verdun
85100 LES SABLES D’OLONNE