Expositions

Barbara Navi : les mirages de la figuration

« La peinture photogénique »  

Lorsque la peinture s’est libérée de la représentation du réel après l’avènement de la photographie, nombreux sont les peintres qui se sont emparés de ce jeu inédit où tout était permis : rehausser un paysage photographié de touches d’aquarelles ou de pastel, peindre des décors, des ruines à l’arrière plan de personnages photographiés, reconstituer en studio une scène … C’est à Michel Foucault que j’emprunte ces exemples qu’il avançait dans « La peinture photogénique » pour étayer son analyse sur la pratique de ces peintres : « Ce qu’ils ont produit au terme de leur travail, ce n’est pas un tableau construit à partir d’une photographie, ni une photographie maquillée en tableau, mais une image saisie dans la trajectoire qui la mène de la photographie au tableau« .

Eaux troubles - Barbara Navi
Eaux troubles – Barbara Navi

Aujourd’hui la peinture de Barbara Navi s’inscrit, me semble-t-il, dans cette stratégie réinventée. Pourtant l’artiste appartient à une génération qui estimait achevé le cycle de la peinture, cette aventure qui, depuis les dessins gravés sur les parois des galeries aurignaciennes,   consacrait  la pérennité  d’un art millénaire. Mais Barbara Navi, autodidacte, ne s’est pas laissée entrainer par les courants dominants et a fait de la peinture un médium contemporain. Le peintre place entre le réel et notre perception un écran, celui d’une peinture saisie par la photographie. Surexposition, saturation de l’image, déréglage de la mise au point sont autant de procédés avec lesquels elle joue sur cette toile dont on ne sait plus s’il s’agit de celle du tableau ou celle de l’écran cinématographique. Car la figuration proposée par Barbara Navi porte en elle la mémoire de cette histoire écrite par les artistes à la poursuite de l’image évoquée dans les écrits de Michel Foucault. Dans la longue chaine des inventions où diorama, daguerréotype, calotype ouvrent la voie à la conquête de l’image jusqu’au Kodachrome ou au Technicolor, la peinture intègre désormais tous les acquis de cette odyssée.

« Une fébrilité de l’attente« 

Ce travail sur la figuration permet de pénétrer dans un univers où le réel semble laisser place au mirage, ce dernier n’étant pas une hallucination puisqu’il est possible de le photographier. Le peintre se sert alors des outils de son temps (dont l’ordinateur) pour s’immerger dans le maelstrom des images et sa façon de perturber la figuration participe à une narration ambiguë qui nous est proposée plan par plan d’un tableau au suivant, réunie dans un thème à l’image de celui des « Egarés » présenté actuellement à la galerie de la Voute à Paris.

Barbara Navi " La part d'ombre " huile sur toile, 2013
Barbara NAVI – La part d’ombre, huile sur toile, 2013

Dans cette trajectoire qui mène de la photographie au tableau, Barbara Navi s’installe dans un espace incertain entre réel et fiction, agence une scène à la narration énigmatique, l’ensemble de cette stratégie aboutissant à une figuration jouant sur les deux tableaux : celui du récit et celui de la représentation. Avant elle, d’autres se sont employés à parcourir cette trajectoire, soit pour tenter, chez les hyperréalistes, de rendre invisible l’acte de peindre au profil d’un simulacre de photographie, soit, comme chez les peintres de la Figuration narrative, pour assigner à cette figuration une fonction analytique et politique.
Barbara Navi, pour sa part, a fait le choix d’une création qui prend ses distances avec le réel tout en conservant les apparences d’un monde possible. Mais ce monde, confiné dans l’espace du tableau, nous laisse dans l’incertitude d’un moment suspendu, de ce que le peintre décrit comme « une fébrilité de l’attente« . Les titres des séries précédentes  Eaux Troubles, La part d’ombre, Vertige, Antichambre, sont révélateurs de ce positionnement en déséquilibre, de cette intention de placer le tableau et son regardeur dans un entre-deux instable, voire inquiétant. Avec ce cinéma de l’immobile, Barbara Navi introduit dans sa peinture une narration  nourrie par une écriture plastique au service des mirages de la figuration.

Photos Barbara Navi

Barbara Navi « Les Egarés »‘
Du 08 octobre au 12 novembre 2015
Galerie de la Voûte
42 Rue de la Voûte
75012 Paris

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s