Pour mémoire

Ladislas Kijno, la passion faite œuvre

Décédé le 27 novembre dernier, l’artiste Ladislas Kino (1921-2012) laisse une œuvre considérable de peintre. Mais le personnage ne se laissait pas enfermer aussi facilement dans ce costume. Pour tout dire, il ne se laissait pas enfermer du tout.

Ladislas Kijno en 1995

L’artiste rebelle

Cet homme passionné de peinture, de philosophie, de poésie, passionné de tout, militant pacifiste, militant des droits de l’homme,  utilisait ce vecteur de la peinture pour affirmer sa présence au monde. Rencontrer Ladislas Kijno, c’était d’abord accepter de laisser la parole à cet homme infatigable, écouter le témoignage si riche de ce fils de mineur polonais arrivé avec ses parents en France vers l’âge de cinq ans. L’enfant fragile connaît comme premier décor le coron puis le sanatorium à une époque où la tuberculose, épidémie incurable, touchait les plus faibles. C’est dans la salle d’attente d’un dentiste, qu’à l’âge de quinze ans,  la peinture se révèle à lui devant la reproduction couleur d’une peinture de Picasso. A partir de là , comment résumer en quelques lignes, soixante  dix années de combat et de passion avec cet art ? Figuration puis abstraction certes, mais l’essentiel reste vraisemblablement dans cette relation au monde, cette révolte devant les injustices, le combat militant. «  C’était la guerre d’Algérie. C’est en couvrant les murs d’inscriptions, que j’ai réalisé ce que je pouvait tirer de la bombe à peinture. D’abord, j’ai conjugué la vaporisation au dripping. (…) C’est en dirigeant ma vaporisation  qu’elle devait à partir de 1963 se substituer peu à peu au geste pour n’en révéler que l impact, le signe de la résonance sur la toile ».

Avec ses toiles, il rendait à l’occasion hommage à Nelson Mandela  ou à  Angela Davis qu’il reçoit dans son atelier de Saint-Germain en Laye dans les années soixante dix. Il consacre à la militante des droits civiques aux Etats-Unis une série de toiles sur le thème « Femme debout ».
Plus tard aura lieu cette rencontre improbable entre Kijno et Robert Combas. Deux générations, deux caractères qui se confrontent dans une peinture à quatre mains : Kijno propose à Combas en 2003 de réaliser ensemble un Chemin de Croix.

Chemin de Croix Kijno- Combas 2010

Peinture à quatre mains

C’est le début d’une aventure artistique et spirituelle surprenante. Kijno envoie à Combas quatorze tableaux parfaitement composés, chacun correspondant à l’une des stations du chemin de croix. Combas hérite de ces oeuvres qu’il colore, transperce. Tout en maintenant l’identité de leur écriture personnelle, les deux artistes élaborent ensemble, en quatorze stations de grand format, cette synthèse de ce qui a été appelé leur « spéléologie mentale ».

L’oeuvre de Ladislas Kijno ne se résume pas, elle se ne se classe pas. Le peintre sera reste jusqu’au bout  ce passionné, révolté devant les injustices, ce militant de la vie. Faut-il ajouter que cet artiste a été quelque peu oublié ? Qu’importe !  Lorsque le temps aura fait son oeuvre et fait définitivement regagner sa place à cette oeuvre unique, Kijno retrouvera sa primauté dans l’espace de la création.

Ladislas Kijno dans l’Encyclopédie audiovisuelle de l’art contemporain

 

Photo portrait Kijno : Wikipédia
Photo Kijno/Com bas source : http://wanafoto.blogspot.fr/2012/08/combas-kijno-via-crucis-la-peinture.html

 

 

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