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Peggy Guggenheim, la rebelle

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Naître Guggenheim n’est pas anodin, naître au sein d’une famille de banquiers new-yorkais ne l’est pas non plus. C’est la vie et pour tout dire le destin de Peggy Guggenheim que retrace le remarquable documentaire présenté sur Arte. Marguerite Guggenheim est la fille de Benjamin Guggenheim et de Floretta Seligman, fille d’un riche banquier new-yorkais. Son oncle, Solomon R. Guggenheim, est le créateur de la Fondation Solomon R. Guggenheim. Pourtant Peggy n’est pas une riche héritière contrairement à ce que pourrait laisser croire cette histoire familiale. Il lui faudra attendre ses vingt et un ans pour entrer en possession de sa fortune à l’été 1919 après que ses oncles aient redressé les comptes et que le grand-père lui laisse un héritage.
La jeune femme ne semble pas, pour autant, véritablement bien dans sa peau. En 1920 elle décide de subir une intervention de chirurgie esthétique pour modifier son nez. L’opération est un échec et elle se retrouve avec un profil bien pire que le précédent. Dès 1920 elle achète un appartement à Paris et une villa près du Lavandou.
À Paris, elle se lie d’amitié avec Constantin Brâncuşi et surtout avec Marcel Duchamp qui lui apportera de précieux conseils pour la constitution de sa collection et pour ses futures expositions de sa galerie Guggenheim Jeune qu’elle ouvrira à Londres en 1938. Et si Peggy Guggenheim devient alors une collectionneuse éclairée en art moderne, elle collectionnera également les aventures amoureuses.

La collectionneuse

En 1928, à Saint-Tropez, elle rencontre John Holms écrivain alcoolique avec lequel elle part vivre à Londres. Deux ans plus tard, en 1936, elle rencontre un autre écrivain, Douglas Garman, qu’elle encourage à abandonner son activité de journaliste pour se consacrer à son œuvre. Elle se sépare rapidement de lui et fonde sa galerie d’art Guggenheim Jeune avec, pour conseillers principaux, Marcel Duchamp et Jean Cocteau. Grâce à eux, elle rencontre Jean Arp à qui elle achète une œuvre qui sera la première de sa collection. Elle exposera ensuite Jean Cocteau, Vassily Kandinsky.

Guggenheim Jeune devient une galerie reconnue pour laquelle Peggy doit d’ailleurs se battre. Notamment avec les douanes pour importer des sculptures de Jean Arp, Henry Moore, Alexander Calder, Brâncuşi, Antoine Pevsner. Elle expose ensuite Yves Tanguy, qui sera son amant, après une courte aventure avec Roland Penrose.

Pendant la « drôle de guerre » (1939-1940) , Peggy court d’atelier en atelier et cherche à acheter des oeuvres sur la base d’une liste préétablie d’artistes. Ainsi commence une des plus grandes collections d’œuvres d’art du XXe siècle, constituée par une jeune femme qui ignorait tout quelques années auparavant et qui est devenue une véritable experte. Lorsque la guerre éclate, le Louvre refuse d’accueillir les œuvres jugées trop modernes. C’est finalement dans un château près de Vichy que la collection sera entreposée dans une grange, sous des bottes de foin. Ensuite, et jusqu’à son retour aux États-Unis, c’est le musée de Grenoble qui va conserver et sauver sa collection jusqu’au printemps 1941. Finalement sous couvert d’« articles mobiliers », la collection partira aux Etats-Unis.
Ces quelques lignes qui retracent une vingtaine d’années de la vie de Peggy Guggenheim révèlent déjà la densité d’un parcours qui se poursuivra notamment avec la rencontre des artistes les plus importants, parmi lesquels Jackson Pollock jusqu’à son installation au palais Venier dei Leoni à Venise.
Le film décrit comment la jeune femme a acquis sa liberté parfois contre certains membres de sa famille et contre d’autres représentants d’institutions. Sa défense des femmes, également, s’est exprimée avec une exposition entièrement composée d’artistes femmes. Elles étaient trente et une. Son mari Marx Ernst la trompe avec l’une d’entre elles : Dorothéa Tanning . « J’aurais dû n’en exposer que 30. Ce fut mon erreur. » regrette -t-elle.
Du palais vénitien où elle se retire en 1947, elle continuera ses activités de mécène jusqu’à sa mort. Sa collection, qu’elle a rassemblée tout au long du XXe siècle pour quelque 40 000 dollars, vaut aujourd’hui des milliards.

Peggy Guggenheim, la collectionneuse
Documentaire de Lisa Immordino Vreeland (États-Unis, 2015, 1h32mn)
Diffusé le dimanche 24 Novembre 2019 et en replay pendant sept jours

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Gérard Fromanger : le temps Presse

« Comment dites-vous ? » série « Annoncez la couleur ! » 1974

Dans l’oeuvre du peintre Gérard Fromanger (que j’ai le plaisir de présenter prochainement à Avallon dans la double exposition « Annoncez la couleur ! ») un mobilier urbain familier a toujours occupé une place privilégiée : le kiosque à journaux. Ce qui pourrait paraître comme un aspect accessoire dans son œuvre révèle pourtant, me semble-t-il, un symbole majeur de sa relation au monde. Pour cet artiste qui a toujours clamé « Je suis dans le monde, pas devant le monde », le kiosque n’est pas seulement la modeste bâtisse qui protège le vendeur de journaux, silhouette depuis si longtemps intégrée au paysage de la ville. Il s’inscrit dans une histoire contemporaine.
Dans la capitale, cette petite histoire des kiosques est liée à celle, plus imposante, de l’urbanisme due au baron Haussmann. L’architecte Gabriel Davioud, également à l’origine du théâtre du Châtelet et de la fontaine Saint-Michel, s’est vu chargé d’imaginer des petits pavillons destinés à cette diffusion de presse. Les premiers kiosques à journaux voient le jour le 15 août 1857. À l’époque, ils sont réservés aux‭ ‬veuves‭ ‬de‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬ militaires‭ ‬‬et ‭‬de ‬fonctionnaires‭ ‬‬pour ‬qu’elles ‭‬puissent ‭‬toucher‭ ‬un‭ petit ‬revenu. Et si leur modèle a évolué au fil des années , leur présence conserve la même symbolique. Le kiosque est le lieu toujours vivant d’une expression de la liberté de la presse, d’une image de la pluralité quand bien même cette pluralité doit être tempérée par la réalité contraignante des concentrations de presse, des liens souterrains entre publications apparemment indépendantes. Au coin de la rue, accessible à tous, il propose encore aujourd’hui son propre théâtre de l’information dans une époque dominée par l’envahissante information audiovisuelle.
Lorsque le peintre, au début des années soixante dix, privilégie ce sujet dans ses toiles, l’information numérique n’existe pas. La télévision ne propose pas encore un flot ininterrompu d’informations. Et si la radio est familière, les images immédiatement soumises au passant sont celles du kiosque ouvert tôt le matin. Là s’offrent à la vue de tous les titres accrocheurs, les photos choc. Chacun peut discrètement feuilleter un quotidien, un hebdomadaire avant de faire son choix.

« Quel est le fond de votre pensée ? » série « Annoncez la couleur ! » 1973


Et s’il a pu paraître désuet aujourd’hui, noyé dans ce tourbillon infernal propulsé de la galaxie Gutenberg vers la galaxie Mac Luhan, le kiosque reste un point de repère incontournable. L’incendie de l’un d’eux sur les Champs Elysées à Paris lors des récentes émeutes urbaines a brutalement rappelé combien sa présence était précieuse.
La distribution de masse pour la presse papier n’ a pas fait disparaître cette image quotidienne associée à la ville, à l’humain, à l’odeur du café matinal, au bruits de la rue. Le kiosque à journaux prend sa place dans un tissu citadin où les rencontres sont encore possibles, où l’échange verbal fait partie d’une communication de proximité, sans intermédiaire technique, sujette aux humeurs, aux hasards des rencontres.

« L’île des amours perdues » Série Boulevard des Italiens 1971

L’intention ici n’est pas de promouvoir dans ces lignes la préservation d’une espèce en voie de disparition ni même la conservation crispée d’une image du passé. Elle souhaite davantage porter, près d’une demi siècle après ces tableaux de Gérard Fromanger, un regard actuel sur notre relation au monde, à la ville, aux autres. Face au tsunami de l’information audiovisuelle, c’est l’échelle humaine qui prévaut dans l’approche de cette presse écrite mise en scène dans le kiosque à journaux. Une information accessible au piéton qui se hâte lentement. Pour cette prise de conscience, le temps presse.

« Annoncez l a couleur ! »
Gérard Fromanger

22 juin- 22 septembre
Les Abattoirs et les salles Saint-Pierre/La Fabrique
89200 Avallon


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Marseille (2) : « Le grand verre » et après

A Marseille, un superbe hôtel particulier inséré en pleine ville près du vieux port ne laisse guère deviner son histoire liée à la pêche du corail sur les côtes nord de la Tunisie et au commerce des laines, de la cire et des cuirs. Au dix-septième siècle la Compagnie du Cap Nègre enrichie par cette activité multiple édifie ce bâtiment qui abrite aujourd’hui le musée Cantini, nom laissé par Jules Cantini dernier propriétaire du lieu avant que l’hôtel ne soit légué à la ville de Marseille. Il faudra attendre 1936 pour que le musée Cantini devienne effectivement un musée d’art décoratif.
Le CIRVA

En 2017, c’est une histoire plus récente qui est présentée dans ses murs. Le CIRVA, Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques, fête ses trente ans d’existence à Marseille. Cet anniversaire offre l’occasion de montrer la collection unique qui s’est enrichie depuis le début de ses activités pour compter aujourd’hui environ six cent œuvres.
La particularité du CIRVA tient au protocole établi entre les artistes et ce lieu de production. Centre d’art et atelier de recherche et de création contemporaine, l’établissement accueille des plasticiens, designers ou architectes ayant des pratiques variées et désirant introduire le verre dans leur démarche créatrice. Ces artistes développent leurs projets de recherche assistés de l’équipe technique du CIRVA , selon les modalités et le rythme convenant à chacun des projets. Il s’agit donc d’un véritable laboratoire pensé pour les artistes, dans l’idée de leur offrir un espace et un outil de travail unique. Depuis plus de vingt ans, le CIRVA a accueilli deux cents artistes pour des objectifs divers, tant dans le domaine de l’art contemporain que du design et des arts décoratifs.

Figure imposée

 » Mort à Venise »1993-1997. Erik Dietman,

Ce que montre l’exposition du musée Cantini éclaire ce qui, pour des artistes contemporains, constitue une figure imposée : accepter d’utiliser le verre pour prolonger une démarche qui peut se révéler aux antipodes du design et des arts décoratifs. Certes, depuis « Le grand verre » réalisé entre 1915 et 1923 à New York par Marcel Duchamp, ce matériau participe à l’histoire de l’art contemporain. On en peut oublier non plus l’usage agressif et tranchant qu’en faisait Daniel Pommereulle.
Pour autant son utilisation relève le plus souvent des arts décoratifs. Si bien que chaque artiste se trouve confronté à une forme de défi pour s’approprier le verre et le soumettre à une démarche inhabituelle, inattendue, décalée.
Erik Dietman  ne s’est pas privé de ce jeu décapant avec notamment  » Mort à Venise » (1993-1997). Jean-Luc Moulène prend au pied de la lettre l’expression « cage de verre » pour For Birds (2012) qui a les honneurs de l’affiche. « Le Petit Ange rouge de Marseille » (1991-1993) de James Lee Byars occupe une place privIlégiée dans la plus vaste salle du musée.

« Le Petit Ange rouge » (1991-1993) James Lee Byars

L’exposition qui n’a aucune vocation chronologique opère, par ailleurs, une mise en perspective de ces créations contemporaines avec la présence d’artistes désormais inscrits dans l’Histoire de l’art. Ainsi Shirley Jaffe ou Hans Hartung notamment s’invitent au sein de ce parcours.
Détourné de ses fonctions utilitaires, le verre confirme dans « Une maison de verre » sa disponibilité pour toutes les audaces, le détournements au-delà des pratiques historiques des arts décoratifs

 

« Une maison de verre »:  Le CIRVA »
Du 17 mars au 24 septembre 2017
Musée Cantini
19 rue Grignan
13006 Marseille

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Homo cinématographicus

“Quand Homo Sapiens faisait son cinéma »

Diffusé vendredi dernier sur Arte, le film “Quand Homo Sapiens faisait son cinéma” propose une fabuleuse lecture sur les créations des artistes du paléolithique. Avec un raccourci vertigineux, les études de scientifiques concluent que les peintures et des gravures des hommes des cavernes révèlent l’existence de nombreux cas de décomposition du mouvement dans la représentation des animaux sur les parois des galeries, étape décisive sur la voie du cinéma d’animation.

thaumatrpole paléothaumatrpole paléo2Pascal Cuissot et Marc Azéma ont mené à bien dans les célèbres grottes de Chauvet, de Lascaux, ainsi que dans d’autres sites préhistoriques, une pérégrination pour étayer cette incroyable hypothèse. Selon les théories de Marc Azéma, on retrouve la trace de jouets optiques vieux de quinze mille ans. Ces thaumatropes paléolithiques préfigurent ceux du dix neuvième siècle de notre ère à l’origine de l’invention de l’image animée. La reconstitution d’objets préhistoriques a permis de vérifier cette intention de faire intervenir le temps dans une lecture d’images qui, si elles ne restitue pas stricto sensu le phénomène de la persistance rétinienne, témoigne cependant de façon claire sur le passage temporel d’une scène à une autre. Ainsi pour d’étranges médaillons, dont les dessins recto-verso ne trouvent pas d’explication utilitaire décorative, c’est avec un fil tendu à travers l’objet que l’explication temporelle de la vie et la mort d’un animal trouve une raison d’être.
Une étude approfondie des fresques, notamment celles de la grotte Chauvet, a permis de déterminer l’existence de séries narratives dans une scène de chasse, les œuvres peintes n’étant pas une simple juxtaposition de figures sans organisation. Il s’agirait donc de véritables séquences développant dans la durée une scène vivante.
PROPOSITION-VISUEL-HOMO-SAPIENS-FAIT-SON-CINEMACette préfiguration d’un véritable spectacle a amené les chercheurs à prendre en considération l’apport possible du son dans ce « cinéma » avant l’heure. Avec l’aide d’un spécialiste du chant et de l’espace sonore, l’expérimentation réelle dans les cavernes étudiées a montré que les oeuvres pariétales semblent avoir été placées dans les endroits les plus aptes à amplifier le son en délaissant les moins favorables.
C’est peu de dire que l’histoire acquise sur les pionniers du cinématographe prend alors une dimension  nouvelle et opère un changement d’échelle prodigieux. Alors que jusqu’ici les débats sur l’origine de cette invention magique mettait en scène ces précurseurs du cinématographe sur deux siècles, il faut semble-t-il considérer que vingt mille ans plus tôt, des hommes et des femmes si proches de nous s’emparaient déjà de cette conquête de l’illusion, s’appropriaient cette victoire sur le mouvement avec la même avidité d’appréhender le réel sous tous ses aspects.

Les débats sur les origines de ce qui est devenu le cinématographe  n’ont cessé de chercher à déterminer les mérites respectifs des Marey, Reynaud, Cohl, Leprince, Edison, précurseurs des frères Lumière. Phénakistiscope, zootrope, praxinoscope….La notion d’invention se dilue dans cette extraordinaire marche en avant pour résoudre le mystère de l’image animée. Désormais, le curseur se déplace vingt mille ans plus tôt pour évaluer l’origine de cette conquête. Avec le film  « Quand Homo Sapiens faisait son cinéma », serait-ce la découverte d’un chaînon manquant dans cette aventure désormais millénaire : l’Homo cinématographicus ?

 

« Quand Homo Sapiens faisait son cinéma »

Réalisation:      Pascal Cuissot, Marc Azéma

Production ARTE France 2015

Nouvelle diffusion : mardi 13 octobre à 16h25 (53 min)

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Repartir de Zéro

Sur Arte vient d’être diffusé le film « Quand l’art repart de Zéro« ,  produit à l’occasion de l’exposition « ZERO: Countdown to Tomorrow, 1950/1960   » au Guggenheim  de New-York en octobre 2014. Avec le témoignage des artistes (dont celui d’Otto Piene décédé en juillet 2014) et les nombreux documents d’archives présentés dans le film, c’est l’occasion de rappeler l’aventure d’un groupe décidé à remettre à plat l’art de son temps après les bouleversements de la seconde guerre mondiale. L’histoire commence en 1957.

Groupe Zéro
Exposition « ZERO: Countdown to Tomorrow, 1950/1960  » au Guggenheim de New-York 2014

A Düsseldorf, deux artistes amis, voisins d’ateliers, Otto Piene et Heinz Mack décident d’ouvrir leurs locaux au public lors d’une première manifestation nocturne, nommée «Expositions d’un soir». A l’origine il ne s’agit pas de constituer un groupe mais de partager l’approche d’un fait artistique : l’idée que la reconstruction pouvait naître de manière artistique si elle partait de l’esprit.

Manifeste Zéro

Cette première présentation est considérée comme l’acte fondateur du groupe ZÉRO. Elle marque le lancement d’une action collective qui, en 1958, donnera le jour à une revue dans laquelle est publiée le « Manifeste Zéro »
« Zéro est silence. Zéro est commencement. Zéro est rond. Zéro tourne. Zéro est la lune. Le soleil est Zéro. Zéro est blanc. Le désert Zéro. Le ciel au-dessus de Zéro. La nuit. Zéro coule. L’oeil Zéro. Nombril. Bouche.(….)»
Non sans rappeler les conceptions du Bauhaus, le groupe Zéro souhaite se démarquer de la génération artistique traumatisée par la guerre. Zéro suppose un nouveau départ pour un monde nouveau et un art nouveau. Après les ratés de l’ancien monde, après les barbaries destructrices de la guerre, il fallait maintenant balayer les restes et repartir de zéro. La dimension politique de la démarche est patente. Otto Piene ne s’en défend pas :
« D’une certaine manière ZÉRO est né d’un esprit de résistance face à la montée d’un nouveau matérialisme, avec l’espoir qu’un nouvel esprit, un nouveau départ ouvrirait une nouvelle période pour la pensée, les émotions de la vie. À cette époque l’idée la plus répandue que le bien-être matériel rendrait les gens heureux. J’étais contre cela ».

ZERO dans l’appartement d’ Alfred Schmela : Peeters, Uecker, Mack, Petersen, Monika and Alfred Schmela Photo: Jon Naar, Copyright 1964, 2010; Painting: Robert Indiana

Heinz Mack, Otto Piene et Günther Uecker, qui a rejoint le groupe, s’emploient à promouvoir cet élan nouveau en utilisant des matériaux encore peu exploités dans le domaine artistique, la recherche de sensations liées au mouvement et à la lumière, la volonté de placer l’homme dans un système de références universel qui ne connaît de limite ni dans le temps ni dans l’espace. Désireux de modifier la relation du spectateur avec l’œuvre d’art, ils s’affirment les pionniers dans la création d’environnements. « Le Ballet de Lumières » d’Otto Piene plonge une salle entière dans le noir, pourtant animée d’une multitude d’ombres et de reflets en mouvements, dans une ambiance musicale appropriée. Dans son projet « Sahara », Mack propose de doter le désert d’une immense stèle-miroir capable de réfléchir à jamais son infinitude. La radicalité du feu fascine également ces artistes. En 1961 Bernard Aubertin, créateur des « Tableaux feu » rejoint le groupe. Au fil des années, Zéro ne désigne plus seulement le petit groupe des artistes fondateurs. L’esprit Zéro a déjà essaimé notamment avec le groupe NUL aux Pays Bas et  Gutaï au Japon. Plus d’une centaine d’artistes participent à des expositions collectives autour du groupe.

Ice Watch à Copenhague en 2014 par Olafur Eliasson
Ice Watch à Copenhague en 2014 par Olafur Eliasson

Lorsqu’en 1967 le groupe décide sa dissolution, l’esprit Zéro ne disparait pas pour autant et perdure aujourd’hui comme en témoigne dans le film l’action récente d’Olafur Eliasson, passant du feu à la glace avec Ice Watch. Douze blocs de glace sculptée sont disposés en cercle devant l’hôtel de ville de Copenhague, suggérant le cadran d’une montre. Leur volume total, cent tonnes, équivaut précisément au volume de glace qui fond chaque centième de seconde dans le monde. Comme souvent dans les films consacrés aux artistes contemporains, ce sont les archives filmées qui m’ont particulièrement captivé. Avec le témoignage personnel des artistes et ces documents d’histoire le film mérite d’être vu, lecture toujours possible en replay.

« Quand l’art repart de Zéro »
Film
52 min  2014
Origine : Allemagne
Réalisateurs : Anna Pflüger, Marcel Kolvenbach

Visible en replay sur :
http://www.arte.tv/guide/fr/053349-000/quand-l-art-repart-de-zero

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La parole est d’Art

Parole de blog

Il n’est pas anodin que se manifeste sur ce blog une préoccupation inédite : rassembler dans un même projet toutes les paroles sur l’art. Le développement désormais incontournable des blogs sur l’art modifie singulièrement l’espace dans lequel s’expriment les acteurs, les spectateurs de la création, jusqu’à des temps récents habitués aux supports écrits et audiovisuels classiques: presse  écrite, télévision notamment. Cette multiplication des blogs a pour conséquence l’apparition d’une parole multiforme,  détachée de toute autre considération  que la libre expression individuelle s’adressant à d’autres individus.
médiation bandeauUne nouvelle parole : la médiation

Dans le même temps, un corps social s’interpose de plus en plus souvent entre l’artiste et  le visiteur : les agents de la médiation. Le temps n’est plus seulement celui des guides de musée, à la manière caricaturale évoquée dans le film « Musée Haut, musée bas » de Jean-Michel Ribes.  C’est bien une corporation de médiateurs qui délivre une parole, chaque présence étant souvent même incarnée par une sentinelle devant une œuvre.
Se pose alors la question de la nature de cette médiation , de sa légitimité et de son mode de fonctionnement.

La parole des artistes

Concernant les artistes, la génération de ceux qui considéraient qu’ils n’avaient pas à s’exprimer autrement que par leur travail est maintenant devancée par celle des artistes  qui intègrent la parole dans leur démarche artistique, en font  un élément déterminant de la création. Dans certains cas parfois, cette parole est partie prenante de l’œuvre elle-même.
La parole sur l’art est donc diverse. Du critique d’art au commissaire d’exposition, du visiteur à l’artiste, du bloggeur au médiateur, du journaliste au responsable de galerie, toutes ces paroles contribuent à tenter de cerner ce phénomène insaisissable : la création.
Il ne faut pas chercher longtemps dans l’actualité pour trouver les symptômes des oppositions radicales à cette parole. Ces oppositions sont  parfois curieusement le fait de certains qui s’expriment au nom de l’art. Les tentatives se multiplient, notamment dans le domaine de l’art contemporain, pour remettre en question ce qui fait la nature même de cette parole : l’ouverture d’esprit, la remise en cause des tabous, des interdits, bref la liberté de concevoir une pensée déformattée.
Cette parole sur l’art, dans toutes ses composantes, constitue finalement un marqueur social de cette liberté et les tentatives pour la disqualifier voire la réduire sont autant d’atteintes à la création. La parole sur l’art, comme la création, a besoin de cet oxygène : la liberté.

Festival La parole est d’Art

Logo festival 3 copieUn projet est actuellement mis eu œuvre pour rassembler dans une même manifestation, toutes les facettes de cette parole: celle des artistes en première ligne dans cette nécessaire expression, celle des médiateurs, des acteurs d’internet, des journalistes, critiques, écrivains.
Ce projet de festival La parole est d’Art prend la route et souhaite recevoir le soutien de tous ceux pour qui la création est un élément décisif de la production humaine et la parole sur l’art son compagnon de route.
De la même façon que « La liberté ne s’use que si l’on ne s’en sert pas« , la parole sur l’art mérite  d’être mise en œuvre avec une vitalité et une exigence salutaires.

 

Le site du festival : http://pantalaskas.e-monsite.com/

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La Beat generation de Jean-Jacques Lebel

Arte vient de diffuser cette semaine le passionnant documentaire de Jean-Jacques Lebel : « Beat generation ».
Jean-Jacques Lebel, commissaire de l’exposition « Beat Génération / Allen Ginsberg » qui se tient au Centre Pompidou-Metz  a conçu ce remarquable récit retraçant la durable amitié entre Jack Kerouac, Allen Ginsberg et William Burroughs,  point de départ au mouvement littéraire de la  Beat Generation . Cette aventure est celle d’une route américaine que Kérouac a immortalisé dans le «Sur la route» publié en 1957 .

La Remington sur laquelle Jack Kerouac a écrit « Sur la route »

Jean-Jacques Lebel rencontre pour la première fois Allen Ginsberg rue Saint-André des arts à Paris en 1958. Sa proximité avec la Beat generation remonte donc aux sources du mouvement. Pendant un an et demi il assurera la traduction en français du poème « Howl » de Ginsberg, restant en relation constante avec l’écrivain. Le mérite du film est de nous donner à voir cette histoire croisée entre Jack Kerouac, Allen Ginsberg et William Burroughs, en l’étayant de nombreux documents d’archives, le témoignage personnel de Ginsberg, l’évocation  de l’Amérique des années cinquante où la turbulence de ces jeunes artistes et écrivains est observée avec défiance voire hostilité.
La « fureur de vivre » de ces trublions ne ressemble pas au mythe de James Dean dans le film de Nicolas Ray. La contestation est ici plus profonde, elle touche aux valeurs d’une société américaine dans laquelle les jeunes écrivains ne se retrouvent pas. Elle s’exprime à la marge à travers les excès en tous genres.

Lecture de Jack Kerouac

On sait peut-être moins que cette histoire passe aussi un peu par la France et par Paris. Le film de Jean-Jacques Lebel revient sur les pas de cette histoire au cœur du quartier latin. En 1957-58, Ginsberg, Orlowsky, Corso et William Burroughs occupent un hotel sans nom qui deviendra historiquement le « Beat Hotel. » Celui-ci est situé « au 9, rue Gît-le-Cœur, une étroite ruelle médiévale qui descendait vers la Seine, reliant la rue Saint-André-des-Arts au Quai des Augustins, dans la partie la plus ancienne du Quartier Latin.. » . Le film revisite les lieux exigus où vécurent les écrivains. On est loin, certes, de l’impressionnant Chelsea Hôtel de New-York, lieu emblématique de cette génération et des suivantes.
Jean-Jacques Lebel, sans être aucunement présent à l’écran, révèle ainsi sa propre histoire à travers cette remise en cause. Ses premiers happenings (dont le tout premier en Europe : l’enterrement de la Chose, en 1960 à Venise), son implication dans les soubresauts du mouvement du 22 mars puis de mai 68,  son amitié avec Deleuze et Guattari, tout cela  a construit la personnalisé du jeune Lebel  qui a côtoyé très jeune Marcel Duchamp. A sa façon, Lebel  a fait partie des répliques de la Beat genération en France. Son refus épidermique du pouvoir, de toute hiérarchie est profond. Il revendique les valeurs d’une société dans laquelle les animaux sont l’égal de l’homme dans le respect de leur identité et de leur vie. Irréductible, Jean-Jacques Lebel fait remonter à la surface, dans ce documentaire, les forces telluriques qui agitent ses propres refus.

Jean-Jacques Lebel dans l’Encyclopédie audiovisuelle de l’art contemporain

Photos extraites du documentaire

Le film Beat Generation : Kerouac, Ginsberg, Burroughs de Jean-Jacques Lebel et Xavier Villetard a été réalisé par ce dernier, en coproduction Arte France, la Compagnie des Phares et Balises, le Centre Pompidou. Il peut être vu encore quelques jours sur les rediffusion ARTE.

« Beat Génération / Allen Ginsberg »

L’exposition du Centre Pompidou Metz est prolongée jusqu’au 6 janvier 2014

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Budapest(3) : Deux verres sur la table de Balkon

Fröccs

Budapest ce jour de mai. Le long d’une avenue animée, une terrasse en bois, une table et deux verres. Dans toute l’Europe centrale, on met de l’eau dans son vin… de l’eau gazeuse pour alléger le vin. Ici dans ces deux verres de « fröccs », le rosé est coupé avec cette eau gazeuse. Le nom de ce mélange vient de l’onomatopée du soda pétillant versé dans le verre : fröccs en hongrois (se prononce freushh). On le retrouvera en Roumanie, en Suisse sous d’autres noms. Mon goût personnel n’ira pas naturellement vers cette association. Mettre de l’eau dans son vin en France serait un casus belli. Il serait aussi, j’imagine, le meilleur moyen de se faire expulser d’un restaurant gastronomique.
Ces deux verres ont une autre vocation : accompagner la rencontre avec le rédacteur en chef de la revue « Balkon ».

 

Balkon

Cette revue est la revue d’art contemporain à Budapest.  István Hajdu tient à bout de bras  cet espace d’expression artistique depuis vingt ans. Les revues d’art contemporain qui durent vingt ans ne sont légion nulle part. C’est la fierté de son créateur de la voir encore vivante aujourd’hui. Son tirage n’est pas exceptionnel mais la revue tient bon, heureusement accueillie par des bibliothèques. A la différence du « fröccs », pas question de mettre de l’eau dans son vin : la revue offre aux lecteurs hongrois une information sur l’art de son temps. Elle aborde les jeunes artistes hongrois comme l’art international.
D’une manière générale, la vie de de revues d’art contemporain reste fragile. Elle peut dépendre des institutions ou du privé, des subventions ou de la publicité. Elle peut être associée ou non à un groupe de presse puissant. Elle  peut être aussi le fait de passionnés désargentés poursuivant un rêve de liberté. Balkon est assurément le fait d’une initiative personnelle, d’une volonté tenace d’exister. Pour István Hajdu, il faut fabriquer la revue dans des conditions de quasi résistance, ne pas disposer de bureaux propres, utiliser son matériel personnel d’informatique, se réunir dans les cafés en guise de salle de rédaction. Mais le résultat est là : une revue d’art contemporain vivante, durable, avec plus ou  moins l’aval des institutions et des aides au compte goutte.
On ignore pas qu’ actuellement, en matière d’art, le régime ne met pas d’eau dans son vin au profit, si l’on peut dire,  d’une approche de la culture davantage nationaliste et traditionaliste.
C’est d’autant plus le mérite de Balkon d’exister. Ce n’est pas sa puissance de diffusion qui compte. Vous la trouverez pourtant en France à la bibliothèque Kandinsky du Centre Pompidou comme, je l’imagine, dans d’ autres capitales européennes. Elle n’est pas sans me rappeler ces petites revues des années Vingt qui, de Het Overzicht à Der Sturm, témoignaient à travers toute l’Europe de l’art nouveau.
Sur cette table d’une terrasse de Budapest, j’ai eu un peu l’impression de partager quelques instants la rédaction de Balkon devant ces deux verres de fröccs. Décidément non, pour la défense de l’art contemporain, il ne faut pas mettre d’eau dans son vin.


Contemporary Art Magazine
Budapest, Hungary
editor-in-chief:
HAJDU István ihajdu@c3.hu
editorial address:
2120 Dunakeszi, Keszthelyi I. u. 5/a
balkon@c3.hu

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Les plages d’Agnès

La « vieille cinéaste, jeune plasticienne » comme se définit Agnès Varda avait déjà présenté il y a quelques temps sur Arte une série de films « Agnès de ci de là Varda » tournés à travers le monde, sorte de déambulation à travers la création.
Hier soir, toujours sur Arte, « Les plages d’Agnès » tourné antérieurement  et encore inédit sur les chaines publiques, apportait une nouvelle fois une bouffée d’air frais, de drôlerie, de créativité .

Les plages et la Nouvelle Vague
En revenant sur les plages qui ont marqué sa vie, Varda remonte à l’envers le film de sa vie , sorte d’ « Amarcord » , le gigantisme de Fellini en moins. Elle opère d’ailleurs malicieusement ce retour sur son passé en effectuant physiquement une marche arrière dans les différents lieux de sa vie, des plages de Sète à la Californie.
Agnès Varda se met en scène au milieu d’extraits de ses films, d’images et de reportages. Elle nous fait partager ses débuts de photographe de théâtre puis de cinéaste de la nouvelle vague dans les années cinquante, sa vie avec Jacques Demy, son engagement féministe, ses voyages à Cuba, en Chine et aux USA, son parcours de productrice indépendante, sa vie de famille et son amour des plages.
Bien que nous connaissions d’abord la cinéaste Varda, sa pratique récente d’artiste plasticienne nous permet de revisiter toute sa production cinématographique avec cette nouvelle grille de lecture. Et cette relecture montre combien, depuis toujours, ces arts plastiques fondent son regard sur le monde. Dans » Murs,murs » (1982) consacré aux peintures murales d’ouvriers rémunérés d’origine mexicaine à Los Angeles, la cinéaste révèle cette envie de peinture et d’art en général.

Les miroirs éclatés

Extrait du film « Les plages d’Agnès » Agnès Varda 2008

Dans « Les plages d’Agnès », le film commence par une installations de miroirs de toutes tailles sur une plage. Plans à l’intérieur de plans, cadrages dans les cadrages, Agnès Varda joue avec ce jeu de miroirs renvoyant l’un vers l’autre cinéma et réalité pour mieux brouiller les pistes, casser la chronologie et  reprendre l’un après l’autre les morceaux de ces miroirs éclatés. L’artiste présente d’ailleurs symboliquement un puzzle acheté dans un marché aux puces pour nous révéler sa vie comme cette tentative de reconstitution :  la révolution cubaine, les Black Panters, le féminisme et le combat pour le contrôle des naissances, avec Delphine Seyrig, la rébellion de la jeune «Sans toit ni loi» incarnée par Sandrine Bonnaire sont autant de morceaux de ce puzzle.
Documentaire sur sa vie certes, mais également reconstitution du passé: Agnès Varda met en scène des séquences de son passé, parfois avec des comédiens, parfois avec les acteurs réels de cette vie soixante ans plus vieux.

La cabane du cinéma

La jeune plasticienne de quatre-vingt quatre ans présente ses installations déjà évoquées sur ce blog: les Cabanes, dont celle présentée à la Biennale de Lyon en 2009. Pour cette « cabane de l’échec » Agnès Varda a utilisé la copie standard d’un film « Les créatures » interprété par Michel Piccoli et Catherine Deneuve, échec commercial au moment où son compagnon Jacques Demy tourne « Les demoiselles de Rochefort ».
Sans prétention, avec un commentaire léger, le film d’Agnès Varda ouvre la fenêtre de la télévision et y fait entrer un air vivifiant.

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Livres·Médias

« Sur la route » de Jack Kerouac

« Littérature de l’instant ».

En 1951, pendant vingt jours, l’écrivain Jack Kerouac parcourt d’un seul tenant une route droite, unique,  faite de papier et achève  au bout de ce (par)chemin une œuvre littéraire qui marque de façon emblématique une génération, une culture, une époque de la jeunesse américaine. La « Beat Generation » terme employé pour la première fois en 1948 par Jack Kerouac pour décrire son cercle d’amis au romancier John Clellon Holmes, tiendra  avec cet écrit son manifeste.

Tapuscrit de "Sur la route" Jacques Kerouac 1951

Cette route de papier que Kerouac vient de révéler avec pour seul véhicule sa machine à écrire Underwood, l’écrivain la préparait depuis 1947, au moyen de dizaines de carnets et de notes manuscrites qui lui serviront à accoucher dans l’urgence de ce texte que l’on a qualifié de  « littérature de l’instant ».

Sur la route est donc le titre du roman de Kerouac que l’actualité nous présente doublement avec la sortie du film de Walter Salles et l’exposition conjointe visible actuellement au musée des lettres et manuscrits à Paris.
Une vitrine centrale de neuf mètres de long, spécialement conçue pour l’événement, accueille le manuscrit, un rouleau de papier de trente six mètres sur lequel l’auteur a tapé à la machine, en avril 1951, le texte de Sur la route. L’exposition nous plonge dans cette atmosphère de routards libres de se livrer à tous les excès.  Elle nous montre également le Kerouac écrivain et nomade, son sac de voyage, ses carnets, ses notes sources de l’œuvre  en devenir.

 

 Une écriture  pied au plancher

Cette écriture est à l’image de cette errance frénétique de Kerouac et de son compagnon de voyage Neal Cassady. Ce texte d’un seul tenant, sans marges, sans chapitres ni paragraphes, où les 125 000 mots défilent  « pied au plancher » comme cette voiture qui traversa  plusieurs fois les Etats-Unis, au mépris des lois et des codes, l’auteur l’ a  projeté sur le papier à la manière d’un « dripping » de Jackson Pollock sur ses toiles vierges. Kerouac, à défaut de règles, avait très vite fixé le cadre de  son projet :
« Je vais me trouver un rouleau de papier pour couvrir les étagères, je vais le glisser dans la machine, et je vais taper à toute vitesse, à toute berzingue, au diable les structures bidons, après on verra » «J’ai écris ce livre sous l’emprise du café… 6 000 mots par jour, 12 000  le premier jour et 15000 le dernier… ».
On sait bien que le café n’a pas été la seule drogue de Kerouac. La recherche des mondes nouveaux ne passa pas seulement par cette ruée vers l’Ouest mais également par les paradis artificiels. Enfin l’alcool aura le dernier mot dans cette vie torride.
Le roman de Kerouac, paru autrefois dans une version expurgée car jugée trop sulfureuse,  vient  de connaître une nouvelle édition  « Sur la route, le rouleau original » respectant le texte intégral.

Les héros sont fatigués 

Le film  Sur la route de Walter Salles sorti simultanément dans les salles françaises tente de restituer cette vibrante quête de liberté, secouant les contraintes de la société américaine, le tout au prix d’excès en tous genres. Il faut convenir  que l’exercice n’est pas aisé. Il ne l’est pas en général pour l’adaptation d’une oeuvre littéraire à l’écran. Il  ne peut l’être non plus pour l’œuvre de Kerouac. Je pense à ces cow-boys intrépides tentant de chevaucher quelques instants un animal sauvage qui, au bout du compte, se débarrasse de son cavalier dans une ultime ruade. Chevaucher l’œuvre de Kerouac présente les mêmes risques. Dans ces mêmes années cinquante, le cinéaste Yves Ciampi proposait, sur un tout autre sujet, le film  « Les héros sont fatigués » . C’est  un peu ce sentiment qui domine, me semble-t-il, après la vision du film sur Kerouac. Ces héros de la Beat generation, peut-être fatigués de leur propre liberté, trouvent difficilement la sortie de cette première vie débridée, usante autant que libératrice. Le cinéaste, avec une caméra mobile, aux cadrages virevoltants, à la limite d’un amateurisme voulu, a cherché à  rendre palpable cette urgence permanente dans laquelle ses personnages tentaient de vivre.
Pour revenir à l’exposition, l’édition de « Sur la route , le rouleau orignal » est disponible à la librairie du musée dans l’édition luxueuse de Gallimard mais également en édition de poche Folio.

Photo courtesy musée des lettres et manuscrits


Sur la route de Jack Kerouac : L’épopée, de l’écrit à l’écran

Musée des lettres et manuscrits (16 mai – 19 août 2012)
222, boulevard Saint-Germain, 75007 PARIS

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