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Vidéo-magazine N°33 : Claude Viallat « Sutures et varia »

L’actualité de Claude Viallat tient à sa participation à l’exposition collective « Supports/Surfaces » au Musée National d’Histoire et d’Art au Luxembourg ainsi qu’à son exposition personnel à la galerie Daniel Templon à Paris sous le titre « Sutures et varia ». C’est l’occasion d’entendre à nouveau le témoignage de l’artiste sur son attachement à une forme simple qui lui permet d’explorer la peinture.

«Toute la peinture contemporaine est dans Lascaux et dans la préhistoire. Je pense qu’on n’a rien inventé. Tout était là. Depuis, on a fait que parfaire des techniques.» Claude Viallat


La forme Viallat

La forme Viallat, résultat d’un «accident technique » en atelier, fruit du hasard selon le témoignage du peintre, ne  résume pas son œuvre. Claude Viallat sait raconter mieux que personne avec une simplicité confondante sa relation  à l’art des origines. Lors de la première utilisation de cette forme venue d’une éponge altérée par la peinture, l’artiste pensait l’utiliser quelques semaines. 

Lorsque le groupe Supports-Surfaces revendiquait comme projet  » L’objet de la peinture, c’est la peinture elle-même.  » cette préoccupation hantait déjà le jeune Viallat. Son oeuvre n’a eu de cesse de soumettre cette question à tous les possibles sans autre  considération iconographique!

Galerie Daniel Templon
Claude Viallat

Sutures et Varia
30 Janvier – 20 Mars 2021
Paris – Grenier Saint Lazare

Supports/Surfaces: Viallat & Saytour
Peinture française moderne du MNHA
22 Décembre 2020 – 29 Août 2021
Musée national d’histoire et d’art
Marché-aux-Poissons
L-2345 Luxembourg
Luxembourg


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Mémoires d’expositions : « Annoncez la couleur! » au château de Vascoeuil en 2017

Après Orléans, Perpignan et Agen, l’exposition « Annoncez la couleur ! » est accueillie au château de Vascoeuil en 2017. L’oeuvre de Gérard Fromanger bénéficie à Vascoeuil d’un cadre somptueux pour développer plusieurs grandes séries de son oeuvre. Le Château est aujourd’hui un centre d’art renommé qui présente d’importantes expositions de peintures et de sculpture. Le site, classé et inscrit, comporte un magnifique colombier du XVIIe siècle avec son système d’échelle tournante entouré de jardins et parc de sculptures, avec, en permanence, plus d’une cinquantaine d’oeuvres d’artistes modernes et contemporains. Par ailleurs un musée est consacré dans une dépendance du XVIIIe siècle à l’historien Jules Michelet (1798-1974) qui séjourna à Vascoeuil et y écrivit de longues années.

« Je me suis toujours demandé ce qui était à l’origine de la quadrichromie, technique avec laquelle j’ai fait plusieurs séries de peinture. Avant la quadrichromie, il y a eu la trichromie utilisée par le fameux Ducos du Hauron. Avec un nom pareil, on ne peut pas l’oublier. Avec sa physionomie que l’on découvre dans les photographies noir et blanc de l’époque, ça m’a donné envie de faire son portrait avec l’idée de trichromie.
Cela peut être quoi la constante d’un peintre ? Pour certains ce sera la matière, pour d’autres la forme, pour d’autres encore l’environnement. Pour ma part, l’idée c’était d’expérimenter la couleur et la couleur est devenue ma constante. Je suis davantage un homme de la lumière que de la nuit et sans lumière, il n’y a pas de couleur. La couleur est devenue ma constante dans la lumière.
Alors l’idée de Ducos du Hauron, avec sa méthode d’extraction et de reproduction de la couleur, va me servir pour inventer une nouvelle vision de la quadrichromie. Par exemple, dans la série des Quadrichromies, si je bouge un peu la reproduction techniquement parfaite, impeccable, des trois couleurs primaires et du noir, ah ! il se passe quelque chose, je donne une autre image du réel.
Plus tard, j’apprends, je ne sais pas par quel hasard, que l’arc-en-ciel s’appelle également « l’écharpe d’Iris ». J’apprends, en effet, que Zeus avait, entre autres amoureuses, une certaine Iris.
Tout d’un coup : Iris, l’irisation, l’oeil, cela m’intéresse beaucoup. Je vais un peu plus loin et j’apprends qu’Iris après avoir passé une nuit d’amour avec Zeus, celui-ci l’envoie sur la terre avec une écharpe pour déposer les rayons de couleur sur la terre pour faire se lever la lumière.
Dans tous les tableaux de la Série noire , il y a l’arc-en-ciel 3 avec des morceaux de couleur déposés par Iris sur un petit bout d’arrêt d’autobus, un petit bout de trottoir, un petit morceau de kiosque à journaux, une roue de bagnole, sur n’importe quoi qui fait mon univers quand je marche dans le monde. Donc dans la « Série noire », ce n’est pas seulement le bicolore d’un monde mafieux, ce sont
toutes les couleurs pour rendre possible la vie dans le polar.
 » Gérard Fromanger


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Mémoires d’expositions : « Annoncez la couleur ! » aux Jacobins à Agen 2016

Quand l’exposition « Annoncez la couleur ! » avec Gérard Fromanger est présentée dans la Collégiale des Jacobins à Agen en 2016, elle se trouve particulièrement légitime pour se situer dans la ville où naquit et mourut Louis Ducos du hauron , inventeur de la photographie couleur en trichromie.
En 1868, après dix années de recherches, Ducos du Hauron met au point le procédé de trichromie et invente ainsi la photographie couleur.
Originaire de la région d’Agen, il s’était tourné vers l’étude des couleurs et de la lumière par passion pour la peinture. Son exposition de photos à l’exposition universelle de Paris en 1878 lui valu un grand succès. La première photographie couleur, prise à Agen, reposait sur le principe de Maxwell de décomposition de la lumière par les trois couleurs fondamentales que sont le rouge, le vert et le bleu.

Sa jeunesse dans le Sud-Ouest
Photo d’Agen par Louis Ducos du Hauron 1877

Les travaux de Louis Ducos du Hauron ne s’arrêtent pas à cette invention. Après l’héliochromie, il s’attèle à des recherches optiques en particulier sur l’anamorphose. Le procédé qu’il met au point est toujours appliqué dans les observatoires astronomiques. Il se lance dans des recherches qui aboutiront également à l’invention du cinéma.En 1874, il dépose le brevet du mélanochromoscope, appareil photographique à objectif unique permettent, via deux miroirs semi-transparents, un miroir normal et trois filtres colorés, d’impressionner sur une seule plaque trois vues de 35 x35 mm, correspondant à chaque couleur primaire. Le même appareil permet de visualiser une image en couleurs à partir de plaques positives.
L’exposition de l’oeuvre de Fromanger, mise en perspective avec l’invention patrimoniale de Ducos du Hauron, décrit la stratégie de la couleur du peintre sur un demi-siècle.

Jaune,paysage Paris-Bastille 1993 1994

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Mémoires d’expositions : Annoncez la couleur ! à ACMCM Perpignan 2014

« A cent mètres du centre du monde »

La rubrique « Mémoires d’expositions » du vidéo-magazine des Chroniques du chapeau noir propose de revenir sur celle consacrée à Gérard Fromanger : « Annoncez la couleur ! » à Perpignan en 2014 à « A cent mètres du centre du monde », premier grand déploiement de cette exposition sur 1400 M2.
Après la première exposition à la galerie Le Garage à Orléans en 2009, cette exposition va pouvoir bénéficier à Perpignan d’un espace exceptionnel à « A cent mètres du centre du monde. »
L’exposition « Annoncez la couleur !  » met l’œuvre de Fromanger en perspective avec Louis Ducos du Hauron, inventeur de la photographie couleur en trichromie, si méconnu et si déterminant dans l’aventure de notre image contemporaine. La première photographie couleur, prise à Agen en 1877, reposait sur le principe de Maxwell de décomposition de la lumière par les trois couleurs/lumières primaires : rouge, vert,  bleu.  Il réalisa trois photographies d’un même sujet au travers de filtres de verre colorés successivement en rouge, bleu et vert qui laissaient passer seulement les radiations de sa couleur, interceptant toutes les autres. En superposant enfin les trois épreuves, il obtint la restitution des couleurs. Le procédé de trichromie était né. Ce procédé résumé ici en quelques mots était le fruit de longues recherches et d’essais aux résultats souvent infructueux.
Gérard Fromanger parcourt en sens inverse le chemin de Louis Ducos du Hauron,  en décomposant cette trichromie photographique pour mettre en scène les couleurs.

Annoncez la couleur ! à  » A cent mètres du centre du monde  » à Perpignan

 » La trajectoire qui mène de la photographie au tableau« 

Dans « La peinture photogénique« , Michel Foucault écrit au sujet des peintres de la Figuration narrative: « Ce qu’ils ont produit au terme de leur travail, ce n’est pas un tableau construit à partir d’une photographie, ni une photographie maquillée en tableau, mais une image saisie dans la trajectoire qui la mène de la photographie au tableau ».

C’est cette trajectoire que l’exposition ambitionne de révéler dans cette relation  à la couleur, avec cette mise en perspective Fromanger/Ducos du Hauron.
Le cheminement de Gérard Fromanger se poursuit ainsi dans cette quête, associée à un mouvement artistique qui a connu bien des turbulences. La Figuration narrative n’est pas un long fleuve tranquille. Elle a été agitée souvent par les susceptibilités, les oppositions internes. Le critique d’art Jean-Luc Chalumeau écrivait : « Nous assistons à un phénomène comparable à celui qui fit d’Andy Warhol, arrivé sur la scène artistique après Lichtenstein et quelques autres, l’incarnation même du Pop art.  Voilà que l’Histoire est en train de désigner Gérard Fromanger comme le représentant emblématique de la Figuration narrative(…) ».

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Mémoires d’expositions : la mémoire du geste au musée Rétif à Vence en 2010

En ces temps de diète pour l’actualité artistique réduite au silence, le vidéo-magazine des Chroniques du chapeau noir inaugure une nouvelle rubrique : « Mémoires d’expositions« .
Pour ouvrir cette rubrique, le vidéo-magazine N°24 présente « La mémoire du geste » , exposition présentée au Musée Rétif à Vence en 2010. Les œuvres de Gérard Guyomard, Gérard Le Cloarec et Vladimir Velickovic illustrent, avec en perspective patrimoniale les travaux d’Etienne-Jules Marey sur le mouvement, ce moment impalpable où l’imaqe fixe devient image animée.

Vladimir Velickovic

Pour avoir eu le privilège d’exposer Vladimir Velickovic dans « La mémoire du geste », je garde le souvenir de ces impressionnants triptyques et quadriptyques qui conjuguaient le geste contemporain du peintre et la relation patrimoniale avec les pionniers de l’image animée. D’Eadweard Muybride à Etienne-Jules Marey pour lequel avait accédé à ma demande de rendre hommage dans une création originale, Vélikcovic poursuivait inlassablement cette course sans fin, des chiens aux humains, pour mieux mettre en scène ce qui devait bien nous ramener à la peur de cette « Course à la mort » écrivait Jean-Luc Chalumeau.

Vladimir Velkickovic série de triptyques et quadriptyques au Musée Rétif à Vence en 2010

Gérard Guyomard

Chez Gérard Guyomard, peinture et photographie font, depuis de nombreuses années, cause commune. Dans les années soixante-dix, alors qu’il observe un jour l’entrée du métro Télégraphe à Paris, Guyomard est frappé par l’éphémère passage des vagues d’usagers à l’arrivée de chaque rame. Si l’outil photographique lui sert à capter le flot des voyageurs, c’est bien pour engager le travail du peintre sur une nouvelle voie : les superpositions.

Madonna Gérard Guyomard

Reprenant sur la toile, à partir de ses photos, les silhouettes fugitives de ces passants déjà oubliés, il superpose sur son dessin tous ces fantômes et ne supprime rien. Ce qui, pour des gens d’images photographiques ou cinématographiques, s’appellerait rémanence devient pour le peintre le moyen de donner à sa peinture l’épaisseur de la mémoire et le souvenir du mouvement. Le peintre fixe sur le plan du tableau cette persistance rétinienne, miracle physiologique et mental à l’origine d’une illusion magique : la perception du mouvement.
Curieusement sa figuration devient au gré de la complexité des superpositions de plus en plus…abstraite. « Trodinfotulinfo » titre-t-il malicieusement.
Il est facile d’identifier Gérard Guyomard où qu’il soit par son rire sonore, ponctuation permanante de son discours. Prenant toujours une distance apparente avec le sérieux d’un commentaire, ce tenant de la figuration narrative lance « Je me narre…! ».

Gérard Le Cloarec

Avec les moyens de la peinture, Gérard Le Cloarec participe à l’invention de cet espace contemporain qui intègre les acquis de son époque : la photographie, le cinématographe et la télévision. De l’émulsion du photographe aux pixels de la télévision, le peintre se joue de ces composants pour mieux nous montrer que la peinture reste son médium privilégié. Curieusement, cette modernité s’est trouvée confrontée, après des années de peinture, à ce qui pourrait être considéré comme une grande tradition : le portrait. Bien sûr, cette description serait trop réductrice pour décrire le projet de Gérard Le Cloarec.

Balistique Gérard Le Cloarec

Quand il est question de portrait, il faut entendre, sous cette figuration prétexte, l’investissement du tableau par la mémoire de ce nous évoquions au début : le peintre, habité par l’image photographique, l’image animée, l’image électronique, nous propose un portrait mental de son modèle. Pierre Restany évoquait, au sujet de Gérard Le Cloarec « les pixels en folie » .

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Vera Molnar : un rigoureux désordre

« Promenades au carré »

Le Museum Riiter à Waldenbuch en Allemagne présente l’exposition « Promenades au carré » de Vera Molnar. Le vidéo-magazine revient sur cette oeuvre entièrement consacrée à l’art construit avec le témoignage personnel de l’artiste recueilli lors de son entretien dans l’Encyclopédie audiovisuelle de l’art contemporain en 1996. A la manière de François Morellet qui se décrit comme « rigoureux, rigolard », Vera Molnar sait mélanger la rigueur et l’humour, l’exigence et la distance. D’une manière générale, les artistes comme les deux cités mettent un malin plaisir à jouer avec le spectateur entre précision mathématique et hasard, aléatoire et acte prédéterminé.
« La méthode, sans cesse renouvelée, est celle de l’interrogation des possibles picturaux influencée par la rigueur et le systématisme d’une procédure quasi-scientifique. L’objectif consiste à demeurer dans le domaine spécifique de la vision et du système perceptif sans chercher à faire signifier quoi que ce soit à l’œuvre. »
Sa carrière d’artiste débuta dès ses études d’art en Hongrie, puis à Paris où elle arrive en 1947, avec une bourse. Elle participe en 1961 à la création du G.R.A.V. (groupe de recherches d’art visuel) avec son mari mathématicien François Molnar, Morellet et Le Parc: elle y était la seule femme. Le groupe  comprendra ensuite Garcia-Rossi, Sobrino, Yvaral et Vera Molnar n’en fera plus partie.

Vera Molnar soumet depuis plus de quarante ans la ligne, le quadrilatère ou l’ovoïde aux lois de la répétition, de la symétrie-dissymétrie, de l’équilibre-déséquilibre) ou encore mathématiques ( modulor, nombre d’or, suite de Fibonacci …)
Depuis le début des années 1990,   Véra Molnar a trouvé un nouveau jeu : l’ordinateur. Elle fabrique ainsi des images de toute sortes, en les composant de manière entièrement subjective, à la main et avec une totale liberté modale de facture. Puis seulement ensuite, elle programme l’ordinateur pour qu’il puisse reconstruire exactement ce qu’elle a fait mais aussi toutes les variations et possibilités d’images proches de celle du départ.

Le travail de Vera Molnar  n’est pas seulement dédié à une approche d’un art géométrique ou art concret. Cette ligne qu’elle soumet à toutes les perturbations est également celle de l’écriture. Elle développe notamment  le travail d’une imitation de l’écriture de sa mère dans un  « livrommage » investigation qui s’achève en 1990. Entre écriture, ordinateur et dessin, Vera Molnar aura fait de cette ligne le fil conducteur de son oeuvre.
Après plus de soixante ans consacrés à ce cheminement empreint de précision, d’exigence, Vera Molnar n’a rien perdu de son humour aussi bien dans son œuvre que dans sa personne pour mieux nous entraîner dans son rigoureux désordre.

Vera Molnar
Promenades au carré

Museum Ritter
Waldenbuch Allemagne
Exposition provisoirement fermée pour cause de confinement sanitaire.

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Cécile Bart : la quatrième dimension

A la Cité des Arts à Besançon, le Fonds Régional d’Art Contemporain de France Comté présente une exposition de Cécile Bart : « Rose Gold ». Le vidéo-magazine revient sur cette exposition en rappelant, avec son témoignage personnel, l’itinéraire de l’artiste.

« Rose Gold »

Le travail de Cécile Bart met en scène la peinture et ses interventions dans l’espace, le jeu entre sa profondeur et sa surface, sa modulation par la lumière, le tableau comme écran, le regard et la place du spectateur.
Toutes ses peintures sont exécutées sur une toile translucide sur laquelle elle crée aussi bien des peintures/écrans que des peintures/collages : la couleur (le matériau peinture) et le support laissé transparent ne sont que les moyens pour créer, en association avec la lumière, de la couleur en tant que phénomène, de laisser en suspension la couleur dans l’espace. « Au Frac l’exposition est construite comme un parcours qui débute par une «farandole », passe par une scène où se déploient des trajectoires, pour aboutir à l’installation immersive intitulée Silent Show. »

La quatrième dimension

Avec cette exposition au F.R.A.C. de Franche Comté à Besançon, les trois dimensions de l’espace coutumières dans l’œuvre de Cécile Bart s’enrichissent d’une quatrième : le mouvement. En effet dans le cadre de la nouvelle saison 2020-2021 du FRAC entièrement dédiée au dialogue entre les arts visuels et la danse, l’exposition de Cécile Bart intègre davantage encore cette apport décisif du corps, déjà présent dans ses travaux installations précédentes et qui constitue ici un fil rouge dans le parcours du FRAC, cette « farandole » à laquelle est convié le spectateur, terme qui ne cerne pas complétement le statut du visiteur, celui ci étant partie prenante avec sa propre circulation dans l’espace de l’exposition.

Cécile Bart, Rose Gold
Exposition provisoirement fermée pour cause de confinement
Frac Franche-Comté /
Cité des arts /
2, passage des arts /
25000 Besançon

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Gérard Deschamps, peintre sans peinture

« Peinture sans peinture »

Le L.A.A.C. de Dunkerque présente actuellement une exposition consacrée à Gérard Deschamps. Le vidéo-magazine N°21 du blog revient sur l’itinéraire de ce peintre sans peinture, avec le témoignage personnel de l’artiste. L’exposition rétrospective du LAAC  « entend proposer un panorama de la création de l’artiste, depuis la fin des années 1950 jusqu’à aujourd’hui, au travers de près d’une centaine d’œuvres issues de collections privées françaises et d’institutions publiques européennes.« 
Après la signature le 27 Octobre 1960 du premier manifeste des Nouveaux Réalistes signé par Yves Klein, Arman, François Dufrêne, Raymond Hains, Martial Raysse, Pierre Restany, Daniel Spoerri, Jean Tinguely, Jacques de la Villeglé, s’ajoutent en 1961: César, Mimmo Rotella, puis Niki de Saint Phalle et Gérard Deschamps. Christo rejoindra le mouvement en 1963.
Dès lors le nom de Deschamps est durablement associé à ce groupe pour lequel l’artiste a cependant exprimé parfois des critiques sévères notamment à l’adresse de Pierre Restany, critique d’art fédérateur du mouvement. A la différence de la majorité des autres membre des Nouveaux Réalistes, Deschamps revendique un statut de peintre : « Je n’ai pas abandonné la peinture. J’ai constaté qu’elle n’était pas seulement dans les tubes. » explique-t-il.

One Night (1987)
Tissus, cravate et sous-vêtement

La couleur sans les tubes

La couleur reste, en effet, un paramètre déterminant dans sa pratique et, à défaut d’utiliser les tubes de gouaches, ce peintre d’un nouveau genre compose ses tableaux avec des outils de couleur inhabituels : bâches de signalisation, voiles de planches à voile, ballons, skate-boards, dessous féminins, toiles cirées etc…
Et s’il fut l’homme des ruptures dans l’art, il s’éloigne également du milieu de l’art. En 1970, en brouille avec le monde de l’art parisien, Gérard Deschamps s’installe dans le Berry, à La Châtre dans la maison de ses grands-parents.
Pour autant son travail sera a nouveau montrée régulièrement à partir de 1978 dans les expositions et dans les galeries parisiennes et étrangères.
Comme pour la plupart des Nouveaux Réalistes l’objet reste donc au centre de cette œuvre avec pour Deschamps une dimension ludique qui le ramène au monde de l’enfance. Plus récemment il expose ses Pneumostructures, assemblages, ou non, de bouées gonflables, de matelas pneumatiques ou autres liés à l’imaginaire enfantin.


GÉRARD DESCHAMPS. Peinture sans peinture
Du 19 septembre au 7 mars 2021

Actuellement fermée pendant le confinement

Lieu d’Art et Action Contemporaine Jardin de sculptures
302 avenue des Bordées
59140 Dunkerque

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Fred Forest : Duchamp et après

« Fred Forest, l’homme média N°1 »

Après avoir été peintre et dessinateur de presse aux journaux  » Combat  » et  » Les Echos « , l’ancien contrôleur des postes et des télécommunications se consacre à des recherches relevant des nouveaux médias technologiques. Pionnier de l’art vidéo autour de 1968, il est le premier artiste à créer en France, à cette époque, des  » environnement interactifs « .  Fred Forest innove encore en pionnier en concevant différentes formes  » d’expériences de presse  » de portée symbolique et critique. On se souvient de son  » espace blanc  » dans le journal  » Le Monde  » en 1972 et de sa mémorable opération médiatique du mètre carré artistique…En 1973 il réalise plusieurs actions spectaculaires dans le cadre de la Biennale de Sao-Paulo qui lui valent le Prix de la communication et…son arrestation par le régime militaire. Dans sa pratique artistique, toujours en pionnier, il utilise: le téléphone, la vidéo, la radio, la télé, le câble, l’ordinateur, les journaux lumineux à diodes électroniques, la robotique, les réseaux télématiques…En ce qui concerne les réseaux il sera encore là, le tout premier, avec le réseau expérimental de Vélizy.
Pierre Restany écrivait à son sujet :

« Fred Forest pose un problème et il est exemplaire. Il est certainement l’artiste qui a su pressentir (…) l’importance de la communication, non pas comme une série de systèmes destinés à appréhender le réel, mais comme un volume, un territoire autonome où l’auto-expressivité se normalise au contact d’autres intervenants dans une même situation sociale »

Fred Forest au Centre Pompidou en 2017

Sous le titre « Les Territoires », l’exposition de Fred Forest au Centre Pompidou de Paris en 2017 cache une épopée, celle du combat d’un artiste acharné à défendre ses positions dans une lutte sans merci de David contre Goliath.
Pour le visiteur la surprise vient déjà du lieu de l’exposition : celle- ci ne trouve pas sa place dans les espaces habituels du musée mais en sous-sol, au niveau -1 du Forum, premier indice d’une discrimination si l’on veut bien considérer que, dans le même temps, est exposé dans les salles principales Hervé Fischer, un autre membre du Collectif d’art sociologique cofondé avec Fred Forest.
Autre indice : cette exposition, sans catalogue, ne dure qu’un mois et demi.
Il faut dire que la présence néanmoins visible de Fred Forest au Centre Pompidou relève du miracle si l’on se replace dans la longue bataille qui a opposé l’artiste à l’institution. Il y a plus de vingt ans, Fred Forest croise le fer avec le Centre pour revendiquer la transparence dans l’achat des œuvres et leur prix. C’est le début d’un contentieux sans fin dans lequel l’artiste gagne ou perd au gré des décisions de justice.

Au plan artistique, Fred Foret paie cher sa combativité. Dans l’exposition «Video Vintage 1963-1983» au Centre Pompidou en 2012…. Fred Forest est absent.  Cet oubli singulier provoque alors la réaction de personnalités de l’art. A l’initiative d’Alain Dominique Perrin, président de la fondation Cartier et du Musée du Jeu de Paume, une cinquantaine de signataires s’interrogent sur « les raisons pour lesquelles ce pionnier français de l’art vidéo s’en trouve écarté. » Ces signataires interrogent également Alain Seban, directeur à l’époque du Centre Pompidou, sur l’absence d’œuvres de Fred Forest dans les collections du centre Pompidou.

Pugnace l’artiste n’en reste pas là et réclame une exposition. Finalement le miracle se produit aujourd’hui mais avec des contraintes très particulières. Le quotidien « Le Monde » révèle le témoignage de l’artiste : « Ils m’ont fait signer une décharge car je dois prendre en charge l’assurance de l’exposition, payer les gardiens. Et ils ne font pas le catalogue. J’ai investi mes économies, 25 000 euros, dans l’exposition. »
C’est dire si la conquête de ce territoire au Centre Pompidou relève de l’exploit.

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Ipousteguy, le centenaire

Pour le centenaire de la naissance de Jean-Robert Ipousteguy, le département de la Meuse présente huit expositions sur l’artiste. Ce vidéo-magazine N°19 avec le témoignage personnel du sculpteur, évoque ces manifestations.

Du nom de sa mère basque « Ipousteguy », le sculpteur Jean Robert signera «Jean-Robert Ipousteguy »(1920- 2006). Originaire de la vallée de la Meuse, le jeune homme quitte sa région avec sa famille pour arriver à Paris. Plus tard, peintre devenu sculpteur, il s’installe dans les anciens ateliers du céramiste Le Noble à Choisy-le-Roi. Rendre visite à Ipousteguy dans ce lieu spacieux aux ressources multiples, c’était d’abord se frayer un chemin dans un jardin peuplé de sculptures avant d’atteindre un des ateliers qu’il occupait. Pénétrant dans cet atelier de Choisy le Roi en 1996, c’est un artiste quelque peu désabusé que je découvre . Depuis quelques années déjà, le sculpteur n’était plus représenté par la galerie Claude Bernard qui lui avait offert sa première exposition personnelle et avec laquelle il avait parcouru vingt cinq années de collaboration. Pendant ce temps, l’art du temps s’était orienté vers de nouvelles recherches, vers des conceptions de l’art où la notion de sculpture cédait le pas à des installations, des évènements ou des performances.
Ipoustéguy, amoureux de son art, avait besoin du corps humain pour exprimer ses propres souffrances, les douleurs de drames personnels qu’il conjurait avec ces corps disloqués, meurtris, créer des oeuvres où la chair souffrait de sa confrontation avec les éléments rigides issus de la société industrielle.

A Choisy le Roi, Ipousteguy  semblait s’être quelque peu retiré du monde, refusant de donner son  numéro de téléphone, prenant ses distances avec les institutions, maugréant contre les «Trissotins» de l’art contemporain.
Dans le même temps, c’était un privilège d’écouter cet homme pour l’authenticité de son discours, pour la conviction avec laquelle il parcourait, en solitaire certes, ce chemin de création.
Aujourd’hui un silence assourdissant pèse sur une œuvre pourtant très présente à la fois dans les collections du monde entier et nombre d’espaces publics. A Lyon, au début des années quatre- vingt, quatre œuvres magistrales sont  installées place Louis Pradel et témoignent de la force de sa création.

En 2003, Ipousteguy s’était résolu à regagner sa terre natale où il décéda trois ans plus tard.  Chacune de ses œuvres témoigne de cette conviction qu’il m’exprimait dans ces termes :
« Il faudrait faire une œuvre comme si on ne devait jamais mourir , et faire une sculpture comme si c’était la dernière. » J Ipousteguy