Seuphor, libre comme l'art

Seuphor, libre comme l’art : Soto et l’immatériel

Le blog des Chroniques du Chapeau noir poursuit la publication de « Seuphor, libre comme l’art », écrit par Claude Guibert sur la vie de l’écrivain, historien et artiste Michel Seuphor (1901-1999), de son vrai nom Fernand Berckelaers. Ce livre a été écrit en 2008 et sera publié intégralement à raison de quelques pages par publication, une fois par semaine.

Publication N° 65

Jésus Raphael Soto

Depuis peu, Soto s’est éloigné de Ciudad Bolivar et de ses rives de l’Orénoque, a quitté son Vénézuela natal, délaissé son école des arts plastiques de Caracas pour affronter Paris. Pour autant, il n’abandonne pas ses racines et retrouve d’anciens étudiants de l’école : Alejandro Otero, Carlos Cruz-Diez, Ruben Nunez et Narciso Debourg. Dans ces premières années cinquante, près de l’Odéon, rue Monsieur le Prince, un temple de la musique latino sert de point de ralliement : L’Escale , un bar fréquenté par les étudiants de l’école de médecine toute proche. On y joue de la guitare pour s’amuser, jusque tard le soir, et Louise, la propriétaire, assure le couvert aux musiciens. Soto, pour survivre, travaille dans un restaurant Le sabot . Mais, avant tout , il est un excellent guitariste. Lorsqu’un soir de 1953 la radiodiffusion vient enregistrer le spectacle dans le bar, la notoriété de l’Escale grandit. Au lieu de la vingtaine de visiteurs quotidiens, ce sont maintenant plus de quarante clients par soirée qu’il faut satisfaire. Louise demande au groupe de venir tous les jours moyennant un modeste salaire et le couvert. Pendant dix ans, Soto va gagner sa vie en jouant la nuit à l’Escale et dans d’autres cabarets et restaurants du quartier latin, formant un groupe solide avec Narciso Debourg et l’argentin Carlos Caceres-Sobrea. Assurer les nuits de l’Escale, poursuivre les travaux matinaux pour son œuvre de plasticien, parfois les cours de l’atelier d’art abstrait, tout cela compose un parcours exténuant. A bout de forces, un soir Soto ne se souvient plus des paroles de ses chansons. Il n’a pas perdu totalement la mémoire mais seulement oublié les paroles des chansons. Rafaêl Gayoso le remplace. Pendant trois mois Gayoso va chanter au Sabot en attendant que Soto retrouve la mémoire. A l’issue de ce parrainage octroyé dans ces circonstances insolites, Rafaêl Gayoso va poursuivre sa carrière musicale qui le conduira à la création du groupe Machucambos.
Si l’Escale est un lieu de ralliement latino-américain, il rassemble également des artistes impliqués dans les recherches de l’art géométrique. Soto y retrouve notamment son ami Ivan Contreras-Brunet. Narciso Debourg, tout comme Soto,  s’implique dans les voies nouvelles tracées au-delà de l’art construit.. Il a déjà été intégré au salon des Réalités Nouvelles. Carlos Cáceres Sobrea, lui aussi, s’est engagé dans l’art abstrait géométrique. Après avoir fréquenté Fernand Léger, il donne des cours à l’École d’architecture et le soir, accompagne le groupe de l’Escale. Avant de devenir le siège du groupe Los Machucambos, L’Escale attire Paco Ibanez, Violeta Parra, Isabel et Angel Parra.

Une année vient de passer rapidement depuis le retour des Seuphor à Paris. Ils peuvent enfin quitter la chambrette de la rue des Beaux-arts pour un deux pièces au septième étage du 5 rue La Condamine, près de la place Clichy. Ce nouvel appartement offre davantage d’aisance et pour lui donner un caractère plus personnel, à la demande de Seuphor, Carmelo Arden-Quin réalise, dans la cuisine, un décor néoplastique. Pour Seuphor, il n’est pas trop tôt pour récupérer enfin au garde-meubles sa bibliothèque. La situation financière reste difficile. Avec le retirage de son livre chez Maeght, il a reçu quelques paiements de droits. Les perspectives d’éditions s’éloignent car les éditions du Pavois cessent leur activité. Pourtant, une fois encore, les bonnes nouvelles arrivent de façon inopinée. Il reçoit des États-Unis la proposition d’écrire un livre sur Mondrian contre argent comptant. Un comité s’est concerté pour savoir qui pourrait écrire un tel ouvrage. Le collectionneur Sidney Janis, le galeriste Louis Carré et quelques autres personnalités en sont arrivés à la conclusion que seul Seuphor pouvait légitimement réaliser cette tâche. On lui propose une somme de cinq mille dollars , renouvelée pour chaque édition en langue étrangère, puis pour chaque réédition. Dans ces temps très difficiles, l’éclaircie semble incroyable. On lui verse un acompte substantiel pour qu’il puisse s’atteler à la tâche, entreprendre les voyages nécessaires. Au moment de donner suite à cette offre providentielle, sa situation personnelle n’est guère favorable. Depuis plusieurs mois, Seuphor est malade. Il prend à témoin Sonia Delaunay

-«  Le 7 mars 1950  (…) On a dû vous dire que j’ai été malade. A l’hôpital de la Pitié avec une phlébite. Je dois encore rester allongé dix huit heures sur vingt-quatre, me promène un peu l’après-midi dans le quartier. Je suis très prudent ayant trop peur de compromettre mon voyage en Hollande et à New York.

Si tout va bien, je pars dans six jours à Amsterdam (pour la troisième fois cette année) et le huit décembre je m’embarque pour New York. Avant mon embarquement, j’irai évidemment vous voir. Un cordial souvenir de ma femme et de « l’infidèle ».  Michel Seuphor »

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