Seuphor, libre comme l'art

Seuphor, libre comme l’art : Arden-Quin et MADI

Le blog des Chroniques du Chapeau noir poursuit la publication de « Seuphor, libre comme l’art », écrit par Claude Guibert sur la vie de l’écrivain, historien et artiste Michel Seuphor (1901-1999), de son vrai nom Fernand Berckelaers. Ce livre a été écrit en 2008 et sera publié intégralement à raison de quelques pages par publication, une fois par semaine.

Publication N° 63

Arden-Quin et MADI

Un renfort pour l’art concret accoste d’outre-Atlantique. En 1948, Seuphor rencontre Carmelo Arden-Quin artiste uruguayen fraîchement débarqué d’Argentine, où il a créé, le 3 août 1946, le mouvement MADI au collège français d’études supérieures de Buenos Aires, avec Blaszko, Presta, Kosice notamment. En 1935 une rencontre fondamentale met en rapport Arden-Quin avec Torres-Garcia revenu en Argentine après l’aventure de Cercle et Carré. Arden-Quin va se passionner pour toutes les avant-gardes historiques dont est issu l’art abstrait construit (futurisme, néoplasticisme, suprématisme et constructivisme). Il fréquente alors Torrès-Garcia qui lui donne accès à sa bibliothèque, aux revues d’avant-gardes qu’il reçoit du monde entier. Avec le groupe MADI, le projet de Carmelo Arden-Quin est d’en finir avec la nature statique de l’art sous toutes ses formes, en particulier l’art concret, afin d’aller vers le mouve- ment et l’intégration des moyens d’expression. Le manifeste MADI proclame la faculté de peindre des structures polygonales planes, concaves ou convexes, des plans articulés, amovibles, animés de mouvements linéaires, giratoires ou de translations; la possibilité de sculpter des solides avec des espaces vides et des mouvements d’articulation. Plus généralement, il s’agit de bannir toute trace d’expression, de représentation et de signification.

– « L’œuvre est, n’exprime pas.
     L’œuvre est, ne représente pas.
     L’œuvre est, ne signifie pas. »

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Arden-Quin se livre également à une critique de l’Art Concret.

– « L’Art Concret a péché par manque d’universalité et de cohérence organisatrice. Il a sombré en de profondes et insurmontables contradictions, tout en conservant les atermoiements et les incertitudes de l’Art ancien et celles de ses ancêtres immédiats : le suprématisme, le constructivisme, le néoplasticisme (…) » 1

Pour Arden-Quin, Seuphor incarne une figure historique en Europe, le créateur avec Torrès-Garcia de Cercle et Carré. Les deux hommes sympathisent, établissent des relations avec leurs amis respectifs. Boulevard de l’Opéra à Paris, chez Marius Bérard, trésorier du salon des Réalités nouvelles, on se réunit avec Grégorio Vardanega, déjà engagé dans une œuvre lumino-cinétique. Bérard se renseigne sur l’ Amérique latine où il veut émigrer, Arden-Quin s’informe sur le salon des Réalités nouvelles. Seuphor, s’il montre de l’intérêt pour le mouvement MADI, n’adhère pas complètement aux idées du groupe. Le changement formel du cadre du tableau ne s’accorde pas avec la rigueur d’un Mondrian auquel il marque son attachement. Pour les membres de MADI, le but est de prolonger, ici en France, le mouvement amorcé en Argentine. Les rapprochements se multiplient, notamment avec Vantongerloo et le salon des Réalités Nouvelles. En avril 1950, la galerie parisienne de Colette Allendy présente « Les Madis » avec Arden-Quin, Vardanega, Eielson et Desserprit. L’exposition est transférée au salon des Réalités Nouvelles. Pour ces artistes d’Amérique Latine et le mouvement Madi, c’est le point de départ d’un investissement. Régulièrement au salon des Réalités Nouvelles, « les madistes de Paris » proposent en 1953 des sculptures animées par des moteurs électriques de Carmelo et de Ruben Nunez, des tableaux « optiques-vibrations » de Luis Guevara et de Ruben Nunez., des tableaux polygonaux de Pierre Alexandre, Luis Guevara, Guy Lerein, et de Wolf Roitelet. L’avènement d’un art nouveau se révèle dans la recherche du mouvement.

Art d’Aujourd’hui

Si la défense de l’art abstrait géométrique est assurée par des groupes actifs, la presse doit constituer un relais. C’est ce que pense le peintre et sculpteur Edgard Pillet qui, en 1949, souhaite combler le manque de publications consacrées à l’art abstrait, plus particulièrement à l’abstraction géométrique héritière de Mondrian et de De Stijl.

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A défaut d’une vraie revue, Pillet décide avec quelques amis de créer dans un premier temps un simple hebdomadaire de quelques pages. Mais le manque de moyens financiers met rapidement un terme à l’initiative. Mis au courant, André Bloc propose à Pillet d’éditer un véritable magazine qui pourrait bénéficier de la logistique de sa propre revue L’Architecture aujourd’hui. Pillet accepte avec enthousiasme. André Bloc, « un ingénieur de l’École centrale qui lit L’Esprit nouveau », architecte, peintre, sculpteur, éditeur, est un homme  incontournable dans son domaine d’activité. Il a dirigé plusieurs périodiques et intervient partout. Edgard Pillet lui propose son idée directrice au cœur du projet: la synthèse des arts, réponse à deux idées maîtresses : la nécessité de mêler les différentes disciplines artistiques, et celle d’établir la relation entre la création contemporaine et le public. André Bloc dont la revue L’Architecture d’aujourd’hui ,qu’il a fondé en 1930, lui permet d’envisager pour le projet de Pillet un véritable fonctionnement de périodique avec des rédacteurs, une publication soignée, des illustrations, des annonceurs, donne le coup de pouce décisif. La revue s’appellera : Art d’Aujourd’hui . Une équipe se constitue autour de son directeur André Bloc et d’Edgard Pillet, secrétaire de rédaction. Elle est composée d’auteurs et de critiques en vue : Léon Degand, Julien Alvard, Roger Van Ginderteal, Pierre Guéguen, ainsi que Michel Seuphor, Charles Estienne, Georges Boudaille, Herta Wescher, Roger Bordier et l’artiste Félix Del Marle. Pillet y tient la chronique « Pour un large débat ». Cette impérieuse nécessité de mêler les différentes disciplines artistiques, et celle de rapprocher la création contemporaine du public conduisent les rédacteurs à lancer des passerelles régulières entre ces divers centres d’intérêt. A l’évidence,  Art d’aujourd’hui se positionne en instrument de combat avec pour nouveau front l’intégration des arts à l’architecture. Pendant sa courte existence, Art d’aujourd’hui présentera des couvertures dessinées par les plus grands artistes, Sonia Delaunay, Magnelli, Jean Leppien.

1Manifeste Madi Arden-Quin Buenos-Aires 1946 cité dans : http://www.madi-art.com/fr/arden%20quin/p_arden1.htm

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