Seuphor, libre comme l'art

Seuphor, libre comme l’art : De Berckelaers à Seuphor

Le blog des Chroniques du Chapeau noir poursuit la publication de « Seuphor, libre comme l’art », écrit par Claude Guibert sur la vie de l’écrivain, historien et artiste Michel Seuphor (1901-1999), de son vrai nom Fernand Berckelaers. Ce livre a été écrit en 2008 et sera publié intégralement à raison de quelques pages par publication, une fois par semaine.

Publication N° 53

_____________________________________________

 Télévision

–  « Nous avons fait un bon voyage ! »
Le vendredi 26 avril 1935, entre vingt heures quinze et vingt heures trente, cette phrase pourrait devenir historique. Elle n’est pourtant entendue que de quelques centaines de personnes dans Paris et à moins de cent kilomètres aux alentours. Elle n’est pas prononcée par un grand voyageur, ni par un homme politique ou un grand écrivain, pas même par un grand sportif. Anne-Marie Bolchesi (dite Béatrice Betty), au titre de comédienne évoque un récent voyage de la Comédie française en Italie. Rien d’inoubliable dans cette aimable intervention si ce n’est qu’elle se produit devant une caméra de télévision. La définition des images est de soixante lignes. Le programme filmé en direct depuis le studio du ministère des PTT, 103 rue de Grenelle, est acheminé par un câble téléphonique long de deux mille cinq cents mètres jusqu’à un émetteur situé au pilier Nord de la tour Eiffel ; de là un autre câble relie le pilier Nord à l’antenne émettrice situé au sommet de la tour. Georges Mandel, ministre des postes préside la première émission officielle de la télévision française et entend cette phrase prononcée par sa compagne, la comédienne Béatrice Betty. Durant dix minutes, devant la caméra en direct, la première speakerine de l’histoire de la télévision s’exprime devant cet appareil étrange, une caméra de prise de vue mécanique et équipée d’un disque de Nipkow à lentilles à soixante trous pour une diffusion destinée à quatre cents postes de télévision. Les spectateurs privilégiés observent stupéfaits par la qualité et la finesse comparative du 60 lignes. Les travaux de l’ingénieur René Barthélémy sur le 180 lignes avancent rapidement, stimulés par l’énergique ministre des P.T.T., Georges Mandel, lequel désire inaugurer la mise en route de la « Haute définition » avant la fin de l’année.

De Berckelaers à Seuphor

Les ondes de la télévision sont encore bien loin d’arriver jusqu’à Anduze où l’on ignore l’existence même de cette invention. Les seules ondes que Seuphor perçoit sont celles d’un poste de T.S.F. entêtant que de nouveaux voisins commencent à utiliser. Distant de Paris, éloigné de sa Belgique natale, Seuphor, à trente-trois ans, veut faire le point sur sa vie. Il éprouve le besoin de se doter d’un prénom. Depuis que Fernand Berckelaers a quitté Anvers, Seuphor, jusqu’à présent, s’est exempté de cette précision patronymique.  Au moment où sa conversion spirituelle s’affirme, l’homme veut se débarrasser d’un vieux vêtement. Au diable Fernand ! Ce sera Michel. Cette nouveauté inopinée semble passer difficilement dans la famille. Il se justifie auprès des siens.

– «  Vous trouverez sans doute absolument idiot que je tienne tant à m’appeler « Michel ». C’est que Fernand est le nom d’un grand vaurien que je déteste beaucoup et avec lequel je ne veux plus rien avoir de commun. Michel est le nom de quelqu’un qui s’efforce – oh ! bien pauvrement – à vivre bien et conformément à l’ Évangile. C’est le nom d’un converti, et il m’est tombé comme du ciel juste au moment le plus intense de ma transformation. (…)». 1

C’est pour lui l’occasion, graphiquement d’opposer les deux prénoms. Fernand auquel s’associe Fiston, Frère s’oppose Michel, qui induit Mari Modèle. Sa conversion spirituelle l’engage vers un bilan personnel

– «  J’ai trente-trois ans, tous nous avons cet âge au moment quotidien de conversion renouvelée… J’ai trente-trois ans demain, le Christ vient de mourir pour moi (c’est vendredi) et je vais naître pour le Christ. A mon tour de faire mon entrée dans le monde et de suivre les chemins aplanis. Afin qu’il ne soit pas dit qu’il meurt en vain pour moi ». écrit-il dans « Dans le Royaume du cœur ».

1« Spécial Seuphor » Archipel 2001  p 98

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s