Pour mémoire

Untel

La catégorie « Pour mémoire » de ce blog concerne l’évocation d’artistes disparus. Pour cet article, les artistes concernés sont heureusement vivants et en excellente forme. Seul le groupe qui les a réunis pendant cinq ans est défunt.
Le groupe Untel fut un collectif d’artistes créé en 1975 à Paris par Jean-Paul Albinet, Philippe Cazal et Alain Snyers. Ces copains étudiants d’écoles d’art ont eu pour objectif pendant cinq ans d’aborder « La vie quotidienne en milieu urbain ».

Déjeuner sur l'herbe untel
« Le déjeuner sur l’herbe » Groupe Untel intervention non officiel Salon des artistes Français Galeries nationales du Grabnd Palais 8 avril 1975

Par tous moyens (création d’objets,,installations, interventions), ces artistes se sont employés à proposer un regard critique sur les éléments divers de la société urbaine de consommation.
Déjà le nom du groupe annonce cette volonté de situer cette action dans un anonymat peut-être destiné à fondre leur regard dans un environnement où chacun ignore l’autre, où l’invisibilité des individus contribue à l’abandon d’un regard critique.
Dans cet univers que le sociologue américain David Riesman appelait «La foule solitaire», c’est un groupe formé d’individus innommables qui s’en prend aux médias, au marché, au tourisme, à la publicité pour mieux toucher du doigt les maladies de la vie sociale urbaine.
Je garde le souvenir de la biennale de Paris de 1977 où le groupe Untel, au musée d’art moderne de la ville de Paris, reconstitue l’Environnement de type Grand magasin.
A la manière de n’importe quel magasin de grande distribution, on pouvait trouver, dans des emballages plastiques toutes les traces de la société urbaine : la radio-télévision (Service public ? Ou conditionnement mental), les déchets urbains (L’écume des jours), l’inauguration de Beaubourg, le métro (Gardez votre indifférence jusqu’à la sortie), le logement (A louer, à vendre, à acheter ou à la rue), la police (S’il vous plaît, vous créez des attroupements, circulez!).
Je n’oublie pas, non plus, cette action d’Alain Snyers sur le trottoir du BHV à Paris, rampant sur le trottoir devant une foule intriguée, manière pour lui de modifier son rapport du corps à la ville. Trente cinq ans plus tard, aujourd’hui 14 janvier 2012, Alain Snyers propose à la Maison des arts de Bagneux une « exposition burlesque »
« Dans l’espace urbain (avenue Albert Petit):
Une grande ENQUÊTE D’UTILITÉ PUBLIQUE pour déterminer la future destination du jardin public de l’avenue Albert Petit. 9 projets audacieux sont présentés sous forme d’affiches dans la rue pour inviter les passants à en prendre connaissance et à se prononcer. La population pourra ainsi choisir entre : une MINE À CIEL OUVERT, un MUSÉE DE LA FRITE HEUREUSE, un CENTRE DE RECYCLAGE DES IDÉES NOIRES, un PALAIS DE LA CHAUSSURE IDÉALE, un HÉLIPORT RÉGIONAL, un MAXI-CHENIL de 3000 niches, un JARDIN DES MALICES, un PARC D’ÉOLIENNES À PAROLES, un MÉMORIAL AMNÉSIQUE. Le public pourra choisir et voter dans la Maison des arts. »

« Tissus de mensonges » Alain Snyers 2012

Chacun des anciens membres du groupe Untel poursuit ainsi aujourd’hui un chemin personnel, mais comme pour Philippe Cazal ou Jean-Paul Albinet (avec une œuvre sur le thème du code-barre), les questions posées dans les années soixante dix n’ont rien perdu de leur actualité.

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